À coeur vaillant, rien d’impossible

Dans un duel à couteaux tirés, parfois dur à regarder de part l’intensité physique des deux équipes, Gerardo Martino et ses hommes empochent les trois points de la victoire dans un combat remporté aux poings et mettent fin à un an de disette dans la Clásico tout en reléguant leur adversaire du soir à six points. Tactiquement, Barça et Real ont osé la nouveauté, mais Ancelotti s’est laissé aller à casser un bloc madrilène qui aurait sans doute gêné d’avantage le Barça s’il n’avait pas coupé en deux le dessin tactique. Martino, lui, a replacé Messi à droite tout en laissant à Fàbregas la pointe de l’attaque. Des changements à la pelle que l’on analyse.

BARCELONA-SPAIN-OCTOBER-26-Ney_54391718060_54115221152_960_640On pourra nous accuser de nous répéter au point qu’on en finirait presque par radoter. On pourra nous dire que ce ballon qui roule et ces vingt-deux millionnaires qui courent après ne pourraient faire partie de notre imaginaire collectif au point de les élever au rang de phénomènes culturels. On pourra nous ressortir, à l’envie, les fautes de français, d’anglais ou d’espagnol, les déclarations chocs, les coupes de cheveux fantasques et les bolides qui débaroulent à l’entraînement sans même un regard aux pauvres fanatiques qui attendent sur le côté. Il y avait, sur les coups de dix-huit heures, en ce samedi automnal, un beauté artistique au Camp Nou. Le soleil n’allait pas tarder à aller se coucher, l’herbe était franchement coupée, les maillots parfaitement ajustés et les vingt-deux acteurs avaient veillé à avoir la meilleure des mines possible malgré, possiblement, une nuit difficile. Il aurait fallu être totalement étranger à la vie humaine pour ne pas regarder un spectacle de tous les instants. On entend déjà des réactions outrées de la part des gens bien intentionnés, toujours prêt à nous donner une leçon de vie. Pour vous la faire courte, on s’est ennuyé, on a pas vu des actions à la pelle. Pourtant, ceux qui ont vu le football de près, et ont eu la chance de taper dans ce fameux ballon ne serait-ce qu’a un petit niveau, sauront que ce genre de matchs ne retient que le vainqueur et que, tant qu’à faire, autant être celui-ci. Le Barça a gagné le match au moment ou Neymar a mis le ballon au fond des filets, car le premier qui tire à toujours raison. Les armes étaient égales et distribuées des deux côtés. Il n’y avait pas de pitié à avoir, il fallait faire luire toutes les plus belles pièces de l’armurerie. Bale, Neymar, Messi et Ronaldo: tous étaient là. et bien , ils ont donné le la sans en être las. Le ballon a roulé durant 90 minutes sans être traité de la meilleure des manières, mais, au final, il est rentré une fois de plus dans les buts de Diego López que dans ceux de Víctor Valdés. On a beau rester romantiques devant ce pré vert, le Barça, notre Barça est rentré dans une nouvelle ère. Il est désormais pragmatique, pratique l’essentialisme et s’occupe d’aller droit au but, sans pour autant passer par Marseille. On sait que l’on a été apeuré de ça fut un temps, on sait aussi que cette nouvelle époque débute avec neuf victoires en dix match et six points d’avance sur le Real Madrid tout en mettant fin à quatorze mois de déception contre l’éternel rival. Techniquement, on a vécu pire.

Il faut parfois un courage aussi grand que le Camp Nou pour défaire l’ordre établi. Martino tranche dans le vif depuis son arrivée, il n’y a d’ailleurs aucune politique dans ses choix. Il y a sans doute des critiques qui peuvent être émise, mais force est d’admettre que le Barça en avait sacrement besoin. Les demis-choix, spécialité de Tito Vilanova, avait fini de faire tomber le Barça dans une lecture trop facile pour ses adversaires. Aujourd’hui, donc, l’heure est à la décision claire et directe, clara i catalana. Pour ce Clásico, la première, c’est le retour de Messi sur le côté droit après plus de quatre ans d’absence. Cesc dans l’axe, Neymar à gauche, Martino, que l’on disait pourtant aux ordres de Messi, sacrifie son compatriote pour deux joueurs bien plus en forme physique que lui. On y pensait, peu pouvaient avouer qu’ils le savaient. Ce « faux 9 » qu’est Fàbregas permet aussi de jouer en losange au milieu, avec Busquets, Xavi et Iniesta derrière lui, et de laisser à Messi et Neymar les deux côtés de l’attaque. Bonne pioche, le premier but de Neymar en est la conséquence directe: récupération d’Iniesta, ouverture dans la profondeur pour Neymar qui fait le reste. Sans le travail de pression de Cesc aux avants-postes, ce but ne serait sans doute pas né, mieux, sans le match de l’ex-Gunner, Iniesta ne serait pas revenu à son véritable niveau. En perdition à San Siro mardi soir, le natif d’Albacete trouve en Fàbregas son meilleur compagnon pour générer de l’espace. Cependant, avec un Messi sur un côté, on sait qu’il n’y aura pas de pression défensive sur le latéral adverse. Il a fallu attendre la rentrée d’Alexis en seconde période pour contrôler Marcelo qui touchait la balle avec trop de liberté dans le camp barcelonais. Enfin, si Piqué a joué avec des gênes musculaires, la forme actuelle de Mascherano inquiète, plus que par ses transversales ratées, l’Argentin perd souvent ses duels défensifs, les mêmes qu’il gagnait il y a peu. Bartra ou Puyol auraient pu le remplacer, mais Martino a certainement veillé à ne pas griller l’ex de Liverpool. Et c’est sans doute pour le meilleur.

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Côté Madrid, là, il est bien plus difficile de lire à travers les lignes de Carlo Ancelotti. Certainement par peur de la domination du milieu catalan, l’Italien a opté pour blinder le centre du terrain. Alors que Pepe avait déjà occupé le poste sous Mourinho, c’est Ramos qui a pourtant remplacé Illarramendi aux côtés de Khedira. Un choix clairement mauvais. Sans créateur avec un Modric occupé à bloquer Iniesta, le Real s’est fait prendre au piège. Ramos, cinquante-cinq minutes faibles et un carton jaune qui aurait pu et peut-être dû se rougir par des fautes à répétition, n’a pas du comprendre, tout comme le reste de la planète football. Sa sortie, conjointe à la rentrée d’Illarramendi, a donné un tout autre visage au Real, qui a tout simplement survolé les vingt premières minutes de la seconde période. Tout comme sous l’ère Mourinho, le Real a su, durant ce laps de temps-là, évoluer en bloc sans pour autant jouir d’une supériorité technique criarde aux quatre coins du terrain. Mais, comme souvent avec les Madrilènes, il ne fallait pas ça pour mettre le Barça en danger, en témoignent les occasions de Benzema et de Ronaldo. L’axe fut certainement le chantier le plus ardu pour les Catalans, comme depuis quelques temps maintenant, mais les côtés furent bouclés assez rapidement, Bale et Di María sont à créditer d’une prestation bien discrète. Une friabilité défensive par instants qui nous rappellent que le travail n’est pas fini et qu’un meilleur équilibre devra être trouvé. Le Real est mort au cours d’une première période d’une faiblesse telle que si Messi ne rate pas son face à face avec Diego López, le Clásico aurait été décidé en vingt-cinq minutes. Le choix d’Ancelotti n’a pas payé, la surprise n’a pas fonctionné, il a certainement fallu du courage ‘a l’ancien coach parisien pour se désavouer devant des centaines de millions de téléspectacteurs. Ce match-là n’était pas pour lui, pas pour le Real qui, l’air de rien, se cherche encore une identité depuis le départ de Mourinho.

Mourinho, justement, a avoué cette semaine ne pas se soucier du Clásico lui qui avait prévu « un diner en famille » à l’heure du match. Vrai ou pas, son absence pour la première fois depuis trois ans de duels fratricides entre Catalans et Madrilènes a apaisé l’avant-match d’un duel somme toute tranquille. Sur le terrain, peu ou pas de mauvais gestes, pas mal de marques de fair-play et des déclarations sommaires en conférence de presse. On est loin de défendre un football aseptisé mais on est content de ressortir moins fatigué du duel. La différence entre les deux équipe est toujours aussi infime, et les futurs duels, en championnat de manière certaine, et ailleurs si le tirage nous joue un mauvais tour, promettent d’être aussi tendus qu’indécis. Il faudra quand même se méfier d’un Madrid pris en flagrant délit de manque d’expérience en ce samedi-soir et qui, sans avoir été absent, n’aura joué qu’un grosse demi-heure. Le Barça, grâce au deuxième but a laissé le Real dans ses doutes alors, que lui, peu ou prou, s’installe peu à peu dans son nouveau costume. Il serait tentant de dire que le changement n’est pas franchement ce qui colle le mieux à la peau au Barça, club qui aime une stabilité dans les principes qu’il n’a pas en coulisses. Ce soir, nous avons vu Messi et Iniesta tacler, Xavi gagner un duel de la tête et Dani Alvés mettre un petit pont à Cristiano Ronaldo. Mieux, nous avons vu, pour la première fois, un Barça dont la référence n’a pas été Messi. Nous avons aussi vu un Valdés décisif, un Adriano aux abords des seize mètres de López alors que le Barça menait 2-0 et un Iniesta qui n’a pas perdu grand chose de son talent en ce mois et demi de doute. Rien ne se perd, rien ne se crée. Tout se transforme. Longue vie à la transformation.

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Sans sirop

Alors que le Clásico -le vrai, avec un accent et tout- s’annonce, le Barça s’est préparé à quelques jours de remous en son sein en concédant deux nuls en trois jours et, surtout, en montrant peu de recours au moment de terminer les matchs. Sans grands changements dans le onze initial, et en se créant que très peu d’occasions, les Catalans se devront de retrouver un peu de fraîcheur et d’instinct meurtrier dans les vingt derniers mètres s’ils veulent renouer avec la victoire face aux Madrilènes, samedi après-midi. 

Robinho+ACMilan+Barcelona+Champions+League

Il est un ennemi encore plus fort que les blessures, les suspensions ou les rivalités internes. Il s’appelle le « Virus FIFA » et il touche tous les clubs qui peuvent se targuer de compter dans leur effectif des internationaux à foison. Le Barça, comme ses copains d’infortune, paie donc ce que le football a inventé de pire : les sélections nationales. Le foot, à sa création, est un football de club. Il se joue en Angleterre, avec des panses de porc et de brebis en guise de ballon et, bientôt, les riches industriels de la Perfide Albion se décide à l’exporter dans tous les ports européens. Barcelone n’échappe pas à la règle et, d’ailleurs, accueille quelques Anglais au moment de créer le plus grand club de la ville, le FC Barcelone. Dès lors, après le championnat de Catalogne, on joue celui d’Espagne, et, enfin, on invente les compétitions européennes pour se voir se confronter sur le pré vert toutes les armadas du Vieux Continent. Pas le moindre signe de sélections. Oui mais voilà, dès les années 40, le ballon rond amasse plus que de la mousse, il se permet le luxe d’intéresser toutes les classes de populations. Quelques années plus tôt, on a joué la « Coupe du Monde », une compétition a qui on prédit un avenir inconstant. A l’époque, beaucoup de pays ne peuvent se passer de faire la guerre, il est donc difficile de savoir si, dans quatre ans, le territoire sera libre pour y organiser un tournoi de cette envergure. Quasiment un siècle plus tard, les doutes sont levés. Pire, ils n’ont plus le droit d’exister. Aujourd’hui, pour cette fameuse « Coupe du Monde », on passe un an et demi à passer par des qualifications que l’on désire tellement réussir qu’on les prépare avec des matchs amicaux. Et puis, pour ne pas s’arrêter en si bon chemin, on invente la Coupe des Confédérations en guise de répétition, que l’on prépare également avec des matchs amicaux. En gros, les joueurs passent quasiment plus de temps entre deux avions pour leurs sélections qu’à l’entrainement avec leur club, entité qui, pourtant, les paye, et plutôt bien. Et, en plus de les faire courir aux quatre coins du monde, on leur supprime des entrainements avec leur club, histoire que les coéquipiers d’une même équipe ne fassent, parfois, que se croiser au centre d’entrainement. Résultat, après deux matchs en sélection, parfois à l’autre bout du monde, et une semaine sans cohésion d’équipe, il faut préparer des matchs à Milan et contre le Real Madrid. Le foot marche sur la tête, qu’il n’a pas bien pleine.

Oui, le foot à bon dos d’être accusé de deux matchs nuls pas franchement convaincants consécutifs. C’est la raquette qui est accusée, rarement le joueur de tennis. Seulement voilà, il faut parfois plusieurs explications hors contexte pour expliquer un état de fait. La fraicheur que l’on avait louée contre Valladollid, la Real Sociedad et par moments à Valence n’est plus qu’un souvenir qui commence même à être lointain, elle brillait lors d’un moment où les sélections n’étaient pas encore en marche cette saison. Et, cette fraicheur, même le meilleur entraineur du monde n’arriverait pas à l’inventer. Même si on pense qu’avec plus de rotations dans l’effectif, elle serait peut-être d’avantage visible. Martino ne tente que très peu de sortir de son onze idéal, celui qui a foulé la pelouse de San Siro hier soir et que l’on pourrait revoir à l’oeuvre samedi, contre le Real Madrid, même si le résultat d’hier incite à quelques changements. Il faut dire que la marge est faible pour ne pas retomber dans les travers de la saison dernière. De fait, la deuxième mi-temps d’hier et la première du match contre Osasuna nous rappelle ces longs moments d’ennuis qui ont marqué l’année dernière. Sans idées, les Barcelonais tournaient en rond, ils l’ont fait une nouvelle fois hier. Sans faire un grand match, ils ne perdent pas, on pourrait dire que c’est l’essentiel. Mais, les bribes de football-plaisir se doivent de revenir si le Barça ne veut pas retomber sur une mauvaise version de lui-même comme il lui arrive de nous offrir. Et, même si son aime les cadeaux, on les préfère mieux emballés.

Tactiquement, on ne saurait dire s’il y a une solution miracle. On note cependant que certains changements de positions n’apportent pas de grandes révolutions. Iniesta est, certes, plus proche de la ligne d’attaque, mais il peine à retrouver son vrai niveau. La position de numéro 10 à l’ancienne ne semble pas lui convenir plus que ça. On espère qu’il a vu ce qu’un autre 10 à l’ancienne, Ricardo Kaka, peut apporter en se décalant sur la gauche et en lançant les attaques, tout comme Iniesta peut le faire, d’ailleurs. La défense laisse également beaucoup de questions en suspens, notamment parce que Bartra tape à la porte et parce que la doublette Mascherano-Piqué laisse quelques buts en cours de route. Leur manque de communication coûte, hier, trois points qui auraient pu et du tomber dans l’escarcelle catalane. Un peu comme trois jours plus tôt, a Pampelune, le Barça s’est adonné à répéter les mêmes situations sans toutefois parvenir à changer de tempo. Mais, le pire dans l’histoire, c’est surement de voir que certains membres du club, du moins publiquement, se félicitent des résultats actuels. Les dessins tactiques restent décisifs, même pour une équipe qui n’a plus besoin de gagner pour prouver sa qualité, ce qui rend, d’ailleurs, plus dure la tâche à Martino. L’Argentin doit se rendre compte actuellement de la difficulté de la mission. Tous ses choix seront discutés, même si notre place est plus confortable que la sienne -quoique moins bien payée. Les inquiétudes, sans tirer la sonnette d’alarme, sont nombreuses, elles se résument dans le fait que le meilleur barcleonais actuellement reste Sergio Busquets et que ce dernier joue tout les matchs : championnat, C1, sélection. Récupérer la fraicheur était un des chantiers de Martino, on lui souhaite bonne chance, il est loin d’avoir fini les travaux. En attendant, si le ciment est fait, il peine encore à sécher. Au Camp Noui, samedi, vers 18h, le soleil d’automne devrait encore être assez chaud pour le faire. Cent mille personnes qui sautent et chantent en même temps, c’est suffisant pour consolider les bases. Alors, on danse?

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Où t’es, Barça où t’es?

Six victoires en six matchs, voilà le bilan après un mois et demi de compétition nationale. Après une victoire poussive contre Séville, une autre gérée contre le Rayo, le Barça s’est promené, hier, au Camp Nou, face à la Real Sociedad. Entre temps, le bon début contre l’Ajax en Ligue des Champions a permis de soulever un lièvre: Le Barça est-il en pleine mutation? En plein changement de style? En pleine mue footballistique? Explications.

Celebrandolavictoria
La Catalogne est un pays de révolutions. La plus célèbre, c’est celle dite des Segadors. Nous sommes en 1714, la ville de Barcelone est assiégée. Dans les campagnes alentours, les révoltes s’organisent pour défendre le territoire contre les Bourbons. Après des jours de lutte, l’insigne royale s’impose, non sans mal, mais l’histoire ne s’arrête pas là. En comptant les morts, on s’aperçoit bien vite que, bien au-delà d’hommes préparés au combat, les victimes sont, en réalité, des paysans, des femmes et mêmes des enfants. Oui, on ne se laisse pas faire, encore mois quand on est chez soi. Une capacité de collectif qu’on retrouve aujourd’hui quand il faut organiser une chaîne humaine pour l’indépendance. Car oui, trois siècles plus tard, « l’ennemi » est toujours le même mais les moyens de le combattre sont différents. Cette révolte pacifiste, elle a fait le tour de l’actualité catalane avant qu’une autre, bien plus importante dans l’imaginaire collectif, vienne prendre le relais. Un changement total se préparait, une petite bombe, une révolution totale, presque à l’insu des propres sujets du royaume. Nous sommes le samedi 20 septembre 2013 et, plus de cinq ans après, le Barça sort d’un match de football en étant battu, non pas au tableau d’affichage, mais dans la possession. L’ennemi bourbon a encore fait son oeuvre, le Rayo Vallecano en tête. 51% contre 49, seulement. Les alarmes sont en marche, les villageois se réunissent sous les abris de fortunes, et la vie ne sera accordée qu’à ceux qui auront prévu assez de vivres pour passer un hiver qui s’annonce rude. En ce 20 septembre 2013, le Barça entre en guerre.

A vrai dire, trois jours avant ce coup d’état infligé par les troupes madrilènes, quelques sonnettes d’alarmes avait été tiré contre l’Ajax. Une victoire 4-0 en trompe l’oeil, un match parfois indolent et un Messi qui vient mettre son triplé sans même transpirer. Non pas que les Hollandais ait bien gêné les Catalans, non, mais ces derniers paraissaient parfois apathiques au point de rendre la partie ennuyeuse. Le changement dogmatique est surtout venu de l’attente quasiment systématique de l’adversaire dans sa moitié de terrain avant de le contrer. Le bloc collectif a paru lent, emprunté, sans vitesse d’exécution. La première conséquence, et non des moindres, c’est une équipe « cassée » sur le pré: la défense basse, l’attaque haute, et le milieu un peu perdu. En grande difficulté, Xavi et Iniesta se montre parfois incapables de trouver leurs attaquants. Cette absence de « juste milieu » inquiète en plus haut point. Elle étonne aussi, car nouvelle. Peu ou prou, le Barça de Martino enchaine une cinquième victoire d’affilée contre l’Ajax, mais les langues se délient plus vite qu’à l’accoutumée au sortir de la partie. Les journalistes catalans et espagnols craignent pour une équipe qui, dit-on, se cherche encore. Les joueurs, eux, réitèrent leur confiance. Mieux, ils valident tout, et en bloc. « Nous étions un peu esclaves du ‘tiki-taka’ la saison dernière« , paroles de Gerard Piqué. Messi corrobore: « Nous pouvons jouer de manières différentes et toujours gagner. C’est très positif ». Oui mais voilà, lorsque que l’on nous ressert depuis cinq ans que la base reste la même et que c’est ce qui fait la force du modèle, on est un peu sceptique. Le virage entamé par Gerardo Martino est-il aussi brusque?

Lors de son arrivée, la natif de Rosario avait déjà laissé transpirer des points clés de son futur plan d’attaque. Le premier, et certainement le plus intéressant, était celui de la récupération. Martino la voulait plus haute, plus dure, plus effective. Aujourd’hui, et encore plus lors du match contre la Real Sociedad, elle est surtout plus organisée. Le bloc est, certes, plus bas, mais il n’empêche en rien la construction de la défense. Si l’effet peut surprendre, il permet aux centraux de ne plus de se faire surprendre dans le dos par des ballons venants de 60 mètres plus haut. Le renouveau de Busquets, en témoigne son but hier, permet à l’équipe de retrouver un équilibre. Mieux, une disposition plus basse sur le terrain permet plus d’espaces de construction. Autre point évoqué dès le début par Martino, les passes longues, qui, elles aussi, sont de nouveau au goût du jour. Alexis et Neymar ont pour ordre d’écarter la défense au maximum, Xavi et Iniesta de se rapprocher d’eux pour les deuxièmes ballons. Si le système n’a pas fonctionné contre Séville, il fut efficace contre la Real, permettant aux deux lutins du milieu de se trouver les yeux fermés. Là encore l’effet peut paraitre neuf, il ne l’est, en fait, pas du tout. Réponse de Martino: « Je me rappelle de Rafa Márquez tentant des ouvertures de 30 mètres, c’était il y a peu. Parfois, avec une passe longue, tu es déjà dans la surface adverse. C’est une variation de jeu que nous devons tenir en compte« . Ça, pour une révolution, c’en est une.

Si le Barça d’hier nous séduit, ceux de Séville et de l’Ajax un peu moins. Si Martino impose sa petite révolte, on serait juste tenté de lui dire que son système ne tient que par la qualité de ses joueurs qui, de toute façon, trouveront quasiment tout le temps le chemin du but adverse. La tentation du jeu long, qui peut parfois s’apparenter à une forme de facilité, retombera certainement sur le dos du Barça le jour où l’adversaire sera bien plus fort physiquement, en gros, lorsque le Real Madrid se présentera en face des Catalans. Pourtant, dans ce changement dogmatique, on ne point pas percevoir une radicalisation totale du discours, on parle de « variation », pas de « transformation ». Il faudra certainement plus de temps pour que la greffe s’opère, si un jour elle s’opère. A quelques centaines de kilomètres de Barcelone, Ancelotti tente la même chose, mais à l’inverse. Florentino lui a commandé du beau jeu, du jeu léché. Dur à croire, pour quelqu’un qui n’a jamais réussi de faire du PSG une « équipe totale » malgré une campagne 2012-2013 de haut niveau. Pour l’instant, là aussi, nous en sommes qu’aux balbutiements. Le changement est en cours, il vient, il arrive, on sent même poindre les débats qu’il soulèvera. « Nous sommes le seul club au monde dans lequel on gagne 4-0 et on se dispute au sujet de la possession« , Piqué dixit. Le Real cherhant le jeu court, le Barça, le jeu long. La révolution ne vient que commencer, mesdames et messieurs.

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Tiki Tata

Alors que la première trêve internationale débute, l’heure est au bilan côté Barça. L’arrivée sur le banc de Gerardo Martino, l’intégration de Neymar, entre autres sujets brulants, questionnent journalistes et supporteurs du monde entier. Les interrogation sont nombreuses, les espoirs de reconquêtes pressants. Analyse.

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Canal+ n’a plus les droits de la Liga en France. BeIn, à l’aide d’une OPA pour le moins agressive, a laissé la chaine cryptée avec les seuls droits du championnat anglais en exclusivité. Depuis un an, donc, la mode est à l’Angleterre, ses pelouses verdoyantes, ses supporteurs de folie à 100 livres la place et son atmosphère qu’on ne voit, parait-il, que là-bas. Pourtant, si l’Espagne, l’Italie et la France semblent donc définitivement conquis par la chaine qatarie, Canal conserve la Supercoupe d’Espagne comme on conserve le porte-clefs que l’on avait à la fac: par souvenir plus que par choix. Jeudi dernier, tard, Canal+Sport diffusait donc le dernier des Mohicans ibériques du groupe télévisuel, le duel retour entre le Barça et l’Atlético Madrid. Le journaliste de Canal, avide de calembours et autres jeux de mots de fin de mariage, ne s’est pas prié pour nous montrer que l’Espagne, à Canal, on n’en a plus rien à cirer. Au choix, une question: « Qu’en est-il de la rumeur qui faisait de la Liga le meilleur championnat du monde?« , une affirmation pleine de sens: « Dur de penser que le Barça et le Real se partageront encore les titres nationaux cette saison« , et, enfin, une conclusion assez hâtive: « Messi ne laissera surement pas Neymar jouer avec lui, souvenez-vous d’Ibrahimovic. L’Argentin n’aime pas l’ombre« . Véritable tête du Turc du commentateur, Messi en prit pour son grade. Tour à tour, il ne saluerait pas les jeunes du centre de formation, il aurait déjà remis sa place Tello pour manque de notoriété et lui, tout seul, aurait imposé Martino sur le banc. En gros, Messi, ce criminel, ne se contenterait pas de voler des Ballons d’Or, il aurait également des réseaux au sein du club lui permettant d’avoir la primeur des infos quand le Barça cherche un nouvel entraîneur. En effet, voilà une info. Le meilleur joueur de l’équipe, du championnat, du monde et peut-être de l’histoire qui donnerait son avis à l’heure de choisir un successeur à Vilanova! Quelle honte! On imagine que Zlatan Ibrahimovic a appris l’arrivée de Laurent Blanc au PSG en lisant L’Equipe et que ce dernier à découvert la signature de Cavani en écoutant RMC. En un peu plus de 90 minutes, le journaliste en question à versé tout le fiel d’une chaîne obligé de rappeler les anciennes gloires pour encore exister face à la concurrence. Rien de tel que d’accuser un joueur que l’on ne connait pas de tous les torts, tout en saupoudrant l’analyse d’un manque cruel d’informations. On est loin de penser que Messi est un ange et qu’il ne fait que venir à s’entraîner à la Ciutat Esportiva avant de tranquillement rentrer à la maison boire son mate. On est loin aussi de penser que le clan Messi n’ait pas eu son mot à dire lorsque le nom de Tata Martino fut lâché, lors d’une réunion de crise au domicile de Sandro Rosell, alors que les résultats des analyses de Tito Vilanova sonnait le glas de l’aventure pour le Géronais. Ah et pis tiens, mieux que de ne pas penser que la Liga est le meilleur championnat du monde, on irait même jusqu’à dire qu’on s’en fout pas mal et qu’on apprécie tous les footballs, l’espagnol, l’italien et même l’allemand. En gros, à l’heure de la mondialisation du football, on exige un peu de tout, un voyage permanent en première classe du ballon rond, sans tomber dans des analyses de comptoir habillé d’un costume Serge Blanco. Le championnat à deux vitesses dénoncé, la Liga, donc, ce championnat si déséquilibré, s’est permis de fesser la meilleur équipe française des quinze dernières années en donnant une leçon à l’OL. La Real Sociedad, seulement quatrième en Espagne, possède un jeu techniquement plus évolué que le PSG. Mais chut, dimanche, sur Canal, en direct, il y avait PSG-Guingamp. Ah bah oui, c’est sur, tout de suite c’est plus équilibré.

A Barcelone, Tata Martino a déjà bien à faire avec la presse catalane pour s’occuper de la française. Accueilli comme rarement par les composantes du Barça World, l’Argentin a dû tout de suite se sentir très à l’aise dans son nouveau costume, ou plutôt, son nouveau polo. Le natif de Rosario ne possède pas le charisme de Josep Guardiola ou l’espièglerie dans le regard de Tito Vilanova mais, à vrai dire, ce n’est pas vraiment ce qui le préoccupe. Quasiment inconnu en Europe, Martino, ancien joueur modeste du championnat argentin, a fait ses preuves en amenant les Newell’s Old Boys, le club de sa vie, jusqu’au titre de champion l’année dernière. Alors qu’il était parti pour rempiler avec l’équipe de Rosario est disputer la Copa Libertadores, Martino n’a pas résisté longtemps aux appels du pieds de Barcelone. Lors de sa conférence de presse d’adieu en Argentine, il dût même faire face à des questions plutôt loquaces des journalistes locaux qui lui rappelaient que sur ses épaules méconnues de l’autre côté de l’Atlantique reposaient désormais toute l’attente de l’un des plus grands clubs du monde. Flegmatique, Martino s’est montré plutôt direct dès le départ. « Je suis conscient de débarquer dans une institution qui a déjà son fonctionnement, mais si l’on a fait appel à moi c’est pour que j’y implante mon empreinte« . Il faut dire que le Barça, même en étant champion d’Espagne en titre, trophée mineur selon notre ami de Canal+, est en pleine reconstruction. Après une année éprouvante, un style un peu sclérosé et des galère extra-sportives que l’on ne souhaitent à personne, le choix de prendre un coach jusque-là étranger au système interne du club est une décision, sur le papier, judicieuse. Van Gaal, en son temps, avait su révolutionné son monde et replacer le Barça à la table des plus grands. Accusé de vouloir acheter à tout va, c’est sous sa direction que Valdés, Puyol et Xavi sont apparus aux yeux du monde du football. Martino part de moins loin, certes, mais sa feuille de route est, par endroits, vierge. Son but: refaire du Barça cette machine à jouer qui avait enthousiasmé toute l’Europe il y a peu. La saison dernière, hormis un formidable 4-0 contre le Milan AC en 1/8e de finale, le parcours européen, après un accouchement difficile contre le PSG et une piqure létale contre le Bayern, a d’avantage ressemblé à un long chemin de croix qu’à une ballade champêtre. Au-delà des résultats qui devront arriver avec autant de stars dans l’effectif, Martino doit ramener la cerise sur le gâteau. Cette cerise pourrait paraître superflue, certes. Elle est, pourtant, indispensable.

Malgré le titre en Liga, on jurerait que les joueurs ont passé leur pire saison depuis cinq ans l’an dernier. Lessivés physiquement, c’est sur les rotules qu’ils ont terminé un exercice 2011-2012 en demi-teinte. Première mission de Tata: récupérer un physique en fer. Contre Levante (7-0) et l’Atlético (1-1), nous en avons vu deux facettes: la première, celle d’être à nouveau capable de faire le rouleau-compresseur aux quatre coins du terrain; la seconde, celle d’être capable de répondre au défi physique quand la récupération se fait plus basse, ou plutôt moins haute. La match contre Valence, dimanche soir, est un parfait mélange de ces deux caractéristiques: lorsque le Barça a su se placer haut sur le terrain et gêner l’adversaire dès la relance, il a été proche du zénith (en témoigne le deuxième but de Messi), en revanche, lorsqu’il a recommencé à mettre de l’espace entre ses lignes, il est passé proche du précipice (trois dernières minutes de la deuxième mi-temps). Martino aime les équipes regroupées, avec très peu de distance entre les composantes. Son Newell’s jouait de la sorte. Au Barça, Alvés est désormais aux côtés de l’ailier droit, dédoublant constamment et centrant d’avantage (but de Neymar contre l’Atlético). Au milieu, si Iniesta parait plus bas, il ouvre le couloir à Alba et permet à Fàbregas de jouer entre les lignes adverses. C’est d’ailleurs là où l’ex d’Arsenal est le meilleur. La position de Xavi reste en suspens, on sait que les Argentins apprécient les vrais passeurs accompagné de la capacité de dribbler. Xavi élimine avec la passe, non avec le dribble, mais, de toute façon, il n’est pas encore revenu à son top physiquement, chose qui commence à inquiéter à Can Barça si l’on en croit des sources proches du club. Si Messi descend désormais jusqu’au rond central pour toucher le ballon, voilà qui devrait permettre à Neymar d’en profiter. A Mestalla, les premiers embryons d’entente entre l’Argentin et le Brésilien ont porté ses fruits. Martino a demandé à ses joueurs d’écarter les deux centraux valenciens, résultat, les trois buts sont venus de l’axe. De bonnes nouvelles, donc, et, surtout, des changements qui paraissent positifs. Les problèmes en défense, pourtant, viennent noircir le tableau, Gérard Piqué en tête, encore coupable de fautes de lenteurs qui aurait pu permettre à Jonas à d’égaliser après avoir été lâche sur le marcage de Postiga, auteur d’un doublé. Martino n’arrive donc pas en terrain conquis. A lui de le conquérir. Le journaliste de Canal se dit plutôt sceptique.

 

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2012-2013: les meilleurs images du Barça

Alors que les joueurs catalans retrouvent tout doucement le chemin de l’entraînement, il est temps de se repasser les images les plus marquantes de la saison dernière. Orphelin de Josep Guardiola, et avec Tito Vilanova à sa tête, le Barça, malgré avoir remporté sa vingt-deuxième Liga, aura semé doutes et questions tout au long d’un parcours en dents de scie, en Liga comme sur la scène européenne. Entre les blessures, les maladies et les déceptions, l’an 1 après JG ne fût pas de tout repos. Retour sur un exercice décisif pour un club en recherche d’un second souffle malgré des résultats une nouvelle fois probants.

Le jour où on a cru que Guardiola n’était jamais parti

Premier match de la saison, première manita. Dans un Camp Nou plein comme un oeuf, la première de Tito Vilanova annonce une saison aux petits oignons du côté de Barcelone, tant est si bien qu’on en oublierait presque Josep Guardiola. Son héritier sur le banc dispose les joueurs de la même façon, le style est similaire, les buts son des copies conformes de plus grandes heures du Barça des quatre dernières années, en témoigne le quatrième but, celui de Pedro, venant conclure une action collective de haut vol. En prime, David Villa, absent depuis huit mois des terrains après une grave blessure à la jambe, se permet de jouer dix minutes et de marquer son but. Tout va bien dans le meilleur des mondes? Le but encaissé, après à peine dix minutes de jeu, est, pour l’instant, anecdotique.

Le jour où on a battu le Real Madrid pour l’unique fois de la saison

Les Clásicos de supercoupe, c’est pas vraiment des Clásicos. C’est en tout cas ce que disent les spécialistes espagnols du ballon rond. Pourtant, entre les deux géants du foot ibérique, pas de supercoupe qui tienne, chaque Clásico est une guerre, tant médiatique que sportive. Dominateurs en première période, les Catalans se font surprendre par un coup de tête de Cristiano, sur corner, grand mal du Barça depuis longtemps. S’en suit un pilonnage en règle des buts d’Iker Casillas ponctué de trois buts, oeuvres de Pedro, Messi et Xavi. Alors que Messi a la balle du 4-1 au bout du pied, Casillas sort l’arrêt du match et, sur le contre, Valdés se loupe complètement et offre le 3-2 à Di Maria. Les mains de Casillas, les pieds de Valdès. Au retour, à Madrid, une expulsion quasi immédiate d’Adriano empêchera le Barça, mené 2-0 très rapidement, de remporter cette supercoupe et mettra fin à une invincibilité dans la capitale remontant à mai 2008.

Le jour où Adriano mit le but de sa carrière

Veille de la rentrée de septembre, la Liga vient à peine de commencer que le Barça possède déjà cinq points d’avance sur le Real Madrid, défait à Getafe quelques jours plus tôt. Une avance qui semble déjà décisive dans un championnat où les deux grands ne se lachent pas d’une semelle, pas même d’un crampon. Peut-être relâché dans les têtes, les Catalans délivrent l’un des matchs les plus poussifs de leur saison contre Valence. Une seule éclaircie, celle d’Adriano, à la suite d’un corner joué en deux temps. Le Brésilien, peut-être le joueur le plus sous-côté du vestiaire blaugrana, déchire le ciel d’une frappe aussi pure que limpide. Les toiles d’araignées sont nettoyées, l’invincibilité continue.

Le jour où le Barça a remonté tout le Guadalquivir pour battre Séville

Spécialité du Barça en ce début de saison, l’art de la remontada atteint son paroxysme en ce 29 septembre avec une victoire 2-3 au Sanchez Pizjuan de Séville, un des stades les plus bouillants du royaume. Menés 2-0 dès le début de la deuxième période, les Catalans renversent le cours du fleuve en vint minutes top chrono. Un doublé de Fàbregas, dont le second inscrit à la 88e minute, puis un but de Villa, dans le temps additionnel, rendent la soirée difficile pour les cardiaques. Ce Barça-là montrent des lacunes, beaucoup de lacunes, mais il ne lâche pas. Bon à savoir.  Après six matchs de championnat et six victoires, le Barça est plus que leader. Le Real, déjà relégué à huit points, fait une croix, petit à petit, sur son bien. Tito Vilanova, l’air de rien, réussit le meilleur début du club de l’histoire.

Le jour où le Camp Nou se transforma en Senyera géante

Nous sommes le 7 octobre, le premier clásico de la saison en championnat devient, pour une fois, la deuxième information de la journée. En effet, à cette époque, la Catalogne est en plein boom. A peine un mois avant, le 11 septembre, pour la fête nationale catalane, plus d’un millon de personnes ont battu les pavés de la ville de Barcelone pour exprimer leur désir d’indépendance. Sous le leit-motiv « La Catalogne, nouvel état d’Europe« , le signe envoyé à Madrid et au monde entier est fort. La manifestation bloque la ville pour la journée, le Passeig de Gràcia et l’Avinguda Diagonal, deux artères de la ville, sont noires de monde. Surfant sur le climat politisé du moment, une mosaïque historique s’organise pour ce clásico du 7 octobre. Lorsque les vingt-deux acteurs sortent du couloir des vestiaires, c’est une senyera géante qui les accueille. L’hymne du Barça est chanté a capella. Certains joueurs avoueront avoir eu une chair de poule difficile à contenir. A Madrid, on ne se gêne pas pour dire que mélanger le football et la politique est un jeu dangereux sous forme de prosélytisme que le Barça emploie quand ça l’arrange. En ce qui concerne le football, justement, Barça et Real se quittent dos à dos, 2-2. Messi marque un superbe coup-franc, ponctuée d’une joie de dingue, il s’offre même un doublé, tout comme Cristiano, de l’autre côté du terrain. Dos à dos, c’est le terme qui convient.

Le jour où on a souffert pour gagner alors qu’on menait 0-3 à la 17e minute, mais aussi le jour où Messi marqua un but en prenant les défenseurs pour des plots et également le jour où Jordi Alba a marqué dans les deux cages du stade

0-3 après à peine un quart d’heure de jeu, tout semblait déjà acté sans même avoir transpirer en ce jour frisquet d’octobre, au Riazor. Alba, Tello puis Messi vinrent doucher les illusions locales, en Galice, là où il ne pleut quasiment jamais. Oui mais voilà, cette saison, rien n’est simple et, tant qu’à faire, autant offrir à l’abonné de Canal+ une bonne raison de donner sa quinzaine d’euros mensuelle. Le Dépor se rapproche par deux fois des Catalans qui, au final, auront souffert plus qu’espéré, surtout après l’expulsion de Javier Mascherano. Le cinquième et dernier but blaugrana, (chef d’) oeuvre de Messi, est à ranger dans les musées que sont nos mémoires de fan de ballon rond. Enfin, pour le côté rigolo, Alba marque pour et contre le Barça, ce soir-là. Le pire, c’est que le but contre son camp est magnifique.

Le jour où Jordi Alba réchauffa la bière de milliers d’Ecossais

On peut dire que les supporteurs écossais sont à part dans le monde du football. Avec seulement deux clubs connus en dehors des frontières de leur petit pays, ils ont réussi, au fin des années, à se forger une réelle identité club dans toute l’Europe. Leur football n’est pas toujours le plus beau à voir, ils l’avouent d’ailleurs eux-mêmes. Qu’importe, peu ou prou, ils font toujours leur petit bonhomme de chemin dans les compétitions continentales et ils ne sont pas les derniers à embêter les grosses écuries européennes. Deux jours avant le match, il suffisait de se ballader en ville pour voir beaucoup de maillots verts et blancs. Les Ecossais aiment Barcelone, cette ville où, même au milieu du mois d’octobre, on peut oser le tee-shirt en journée. De tout façon, le froid n’est pas leur grand ennemi, tout comme défendre acculés devant les buts. Le Barça sue sang et eau pour remonter au score car, oui, il était encore une fois mené et, oui, c’est au bout du bout du suspense qu’il remportait ce match. Jordi Alba se jette sur un centre au cordeau d’Adriano et le Camp Nou s’embrase. Pas de quoi impressionner nos amis Ecossais. Le gout de l’Estrella Damm, pourtant, a un goût encore plus amer que d’habitude. Le Celtic se vengera au retour, dans une ambiance de folie et grâce au même système de jeu. On ne vole pas un Ecossais deux fois de suite.

Le jour où on s’est aperçu que quelque chose n’allait pas

Si le match aller s’était terminé de la meilleure des manières, le match retour, lui, réserva un sort bien plus nuisible au Barça. Détenteur du ballon avec plus de de 80% de possession de balle, le Barça est pourtant mené 2-0, sur les deux seule occasions écossaises. Le but de Messi, qui fêtait sa récente paternité, dans les derniers soupirs du match n’y changera rien. Bien au-delà d’une défaite qui n’eut pas de conséquence sur la qualification pour les 1/8e de finale de la Ligue des Champions, les conclusions d’un tel match nous amenèrent vite à tirer un bilan négatif des perspectives d’avenir. Sans réelle volonté de se faire, nous avons assisté à un festival de possession stérile côté catalan. Pris une nouvelle fois sur coup de pied arrêté, ni Valdés ni ses défenseurs ne semblent maitriser l’art du marcage sur corner. Petits dégâts, grandes conséquences.

Le jour où Messi battit le record de Pelé

Messi ne fait jamais les choses à moitié. Aussi, quand le record de buts marqué sur une année civile se propose à lui sur un match, non seulement il l’égale, mais il le dépasse. Pas le temps d’attendre une semaine de plus. La Puce marque deux nouveaux buts, dont celui-ci, magnifique, après une remise de la poitrine, toute aussi magnifique, d’Alexis Sánchez, qui lui permettent d’atteindre le barre des 76 en 2012, alors que novembre n’est pas encore consommé. Toujours plus haut, toujours plus fort, l’Argentin commence alors une course contre la montre pour battre un autre record, celui de Gerd Muller. L’Allemand en avait inscrit dix de plus. Dix buts? Une broutille dans le monde de Messi.

Le jour où on a joué avec onze mecs formés au club

Il est des performances qui ne rapportent pas trois points sur le moment mais qui, dans un futur plus ou moins lointain, en amènent bien plus. Dani Alvés obligé de sortir sur blessure, Martín Montoya le remplace en cours de match. Dès lors, c’est un peu du passé du club qui s’inscrit sur la pelouse du Ciutat de Valencia de Levante. Valdés, Montoya, Puyol, Piqué, Alba, Busquets, Cesc, Iniesta, Tello, Messi et Pedro. Un onze 100% made in la Masia, tous formés dans les catégories inférieurs. Dix Espagnols, huit Catalans. Le Barça travaille pour son ou ses pays, c’est selon. En tout cas, ce soir-là, Messi claque deux nouveaux buts, Iniesta frappe plus fort que jamais et Cesc se montre décisif. Une victoire actée en seize minutes top chrono et une avance sur le Real Madrid qui s’accentue. Bien au-delà de ça, le Barça se réinvente avec les jeunes pousses qui… poussent! Le genre de records que le Real Madrid ou le PSG n’auront jamais. Toujours ça de pris.

Le jour où on a gagné le championnat en décembre, où Adriano mit une nouvelle fois le but de sa vie et où le Barça fit le meilleur début de saison de l’histoire du football espagnol

Le malheur des uns fait le bonheur des autres. En ce début décembre, régler les affaires courantes est à portée de main du Barça, qui s’apprête à recevoir le deuxième du classement, l’Atlético Madrid. La veille, au Benito Villamarin du Bétis Séville, Mourinho et ses hommes ont perdu devant le génie de Beñat, auteur d’un magnifique but. Une occasion rêvée de plier l’affaire s’offre donc aux Catalans. Pourtant, Falcao, sur un contre, ouvre le score. Le Barça doit encore s’employer pour l’emporter mais, au final, avec quatre buts, dont deux de Messi et un autre, magnifique, d’Adriano, s’adjuge, presque, le titre de champion d’Espagne. L’Atlético est relégué à six points, le Real, à onze. Treize victoires et un match nul en quatorze matchs, le bilan est clairement positif.

Le jour où Messi fit semblant de se blesser et où l’hymne du Barça est passé au Celtic Park

Dernière journée de la phase de poules de la Ligue des Champions. Le Barça, déjà qualifié et assuré d’obtenir la première place de son groupe, envoie les deuxièmes couteaux pour le dernier match, contre Benfica, au Camp Nou. Un 0-0 soporifique, très soporifique, avec, malgré tout, un cauchemar évité de justesse. Certainement pour mettre un peu de folie dans un match terne, Vilanova fait rentrer Messi, l’homme qui veut tout jouer, pour les dix dernières minutes. Objectif: rapprocher un peu plus l’Argentin du record de Gerd Muller, remuer un Camp Nou aussi endormi que les joueurs et contenter les touristes venus dépenser une bonne partie de leur budget vacances pour le ticket d’entrée e tun maillot floqué à la boutique. Oui mais voilà, lancé dans la profondeur, Messi heurte le gardien portugais sur un duel. Il continue l’action, tente de marquer, en vain, puis s’écroule à terre. Dès lors, toutes les alarmes sont au rouge, Messi est transféré à l’hôpital pour plus d’examens, on craint une déchirure à la cuisse. Les correspondants délaissent le Camp Nou avant même la fin du match pour s’enquérir de l’état de santé de l’Argentin. Fausse frayeur, seulement deux semaines de repos. A des milliers de kilomètres de la Catalogne, à Celtic Park pour être plus exact, le Celtic bat le Spartak Mouscou et profite, du même coup, du match nul du Benfica pour se qualifier en 1/8e de finale. Alors, on oublie pas de remercier ses amis Catalans chez qui on avait passé un agréable séjour il y a peu. L’hymne du Barça est donc entonné. De mémoire de spécialiste, c’est le deuxième stade, hors Camp Nou où l’Himne est diffusé. La première fois, c’était en 1997, après une finale de Coupe du Roi remportée contre le Bétis… au Bernabéu! Le président Joan Gaspart, alors aux commandes du club, était monté jusqu’à la cabine son et avait donné l’équivalent de cinquante euros au régisseur pour qu’il passe l’hymne du Barça. Une anecdote folle, mais bien vraie.

Le jour où Messi battit le record de Gerd Muller

86 buts en un an? Pas mieux! Le record de Pelé battu en novembre, rien ne pouvait plus arrêter un joueur avec une moyenne de plus d’un but par match. Messi avançait avec le record en tête, la frayeur du Benfica évacuée. Le Bétis Séville en fait les frais, Messi devient, encore, une nouvelle fois, le numéro un dans une des catégories de son sport. Pas assez apparemment pour les médias français, qui demandent encore une Coupe du Monde à l’Argentin pour entrer dans la cour des grands. Curieux, pour un pays qui vénère encore les exploits de Michel Platini. Messi n’en a cure, on le voit sur le sourire qui se dessine sur son visage après chaque but. Un sourire si habituel, qu’on en oublierait presque de se rendre compte de la bestialité de ses chiffres.

Le jour où Tito rechuta

Messi qui bat des records, le Barça aussi. Tout semblait aller bien dans le meilleur des mondes. Pourtant, à quelques encablures de Noël, l’annonce de la rechute de Tito Vilanova fit l’effet d’une bombe. Le successeur de Guardiola n’était finalement pas tout à fait guéri. Il fait son retour le 6 janvier, lors d’une victoire 4-0 contre l’Espanyol. Après une hospitalisation à Barcelone, Tito s’absente en février et en mars afin de soigner sa maladie à New-York, chez un des spécialistes de la maladie. Durant ce laps de temps, Jordi Roura, son adjoint, le remplace sur le banc. Mais, surtout, la communication du club est quasi inexistante. Durant ces trois mois décisifs, l’équipe s’essouffle rapidement, un peu dans le flou sans son entraîneur. Les nouvelles font part d’un remplacement dès l’été, puis, peu après, d’un retour dans la quinzaine. Tout et rien, en sorte. En tout cas, le Barça ne sut pas gérer cette période délicate, c’est le moins que l’on puisse dire.

Le jour où on s’est amusé à Málaga

A la base, il s’agissait d’un déplacement difficile à la Rosaleda. Au final, ce fut une victoire facile (1-3) et, en plus, cerise sur la gâteau, ponctuée de deux images rares. La première, c’est un taureau organisé au centre du terrain entre Xavi, Messi et Busquets. La deuxième, justement, c’est Busquets qui enchaîne un contrôle de toute beauté et une roulette à la Zidane. Exceptionnel.

Le jour où Messi remporta son quatrième Ballon d’Or d’affilé, sans même transpirer

Pas de surprises à Zurich. Messi remporte son quatrième Ballon d’Or d’affilé, détrône par la même Platini, Van Basten et Cruyff, remercie sa famille et le club, salue ses coéquipiers, se permet même le luxe d’arborer un costume chelou et s’en va. En France, on trouve ça dérangeant, forcément, on n’aime pas les gens qui gagnent trop. Peu importe, du haut de ses 90 buts la saison, l’Argentin s’en moque pas mal. Ses adversaires font un peu tous la même tête: « on le méritait aussi, mais tant que ce mec sera là…« . Ouaip, tant qu’il sera là…

Le jour où Messi mit un quadruplé pour fêter ça

Et même s’il n’y avait pas eu de surprise lors de la remise du trophée en Suisse, mieux valait fêter ça dignement. Après la présentation au public du Camp Nou des quatre ballons dorées contre Malaga en coupe, Messi se décide à en offrir un peu plus à ses fans. Quatre buts contre Osasuna, dont un du droit, histoire de fignoler tout ça d’un petit coup de patte personnel. En cette fin du mois de janvier, et après vingt-et-un match de championnat, Messi en est déjà à 33 buts. Stratosphérique.

Le jour où on s’est aperçu que quelque chose n’allait vraiment pas

Il n’est pas loin de 23h30 lorsque le Camp Nou se vide. La dernière demi-heure de jeu de cette 1/2 finale de Coupe du Roi se jouera dans un silence de cathédrale. Bien au-delà de l’élimination, plus que logique, soit dit en passant, le Real Madrid mène 3-0 et ça, en Catalogne, on n’aime pas trop. Au match aller, pourtant, le Barça aurait pu faire de même. Dominateurs de bout en bout, les Catalans s’étaient mis sur la bonne voie avec un but de Fàbregas, avant de louper un nombre d’occasions grandiloquent et de laisser le Real revenir à la marque grâce à un but de Varane. Lors de ce fameux match retour, le Français récidivera, et Cristiano ira de son petit doublé. Côté Barça, rien ou presque. Les joueurs sont cuits, sans solutions, pire, sans véritable idée. L’absence de Tito, toujours à New York, soulève des questions en pagaille. Quand reviendra-t-il? Reviendra-t-il un jour? Sur la pelouse, ces interrogations se vérifient lorsque le Barça a la balle. Peu de mouvements, des animations offensives faciles à contrecarrer. Les doutes semées en janvier se répètent au pire des moments. Et ce n’est pas fini.

Le jour où on a joué un Clásico pour rien, le jour où on a perdu deux Clásico en trois jours, le jour où on était quand même champions en perdant un Clásico, le jour où même Benzema marqua un but et le jour où Valdés perdit tout le sang froid du club

Hasard du calendrier, pour se remettre de la déception en Coupe, le championnat prévoyait un déplacement à… Madrid. Un Clásico de championnat quasiment sans enjeu. Seize points d’avance, en Espagne, c’est plus que suffisant. De quoi laver l’affront? Rien du tout. Le Barça s’incline une nouvelle fois, non sans avoir montré un léger mieux dans une rencontre aux allures de match amical. Alors que Pérez Lasa oublie un penalty clair sur Adriano dans le temps additionnel, Victor Valdés explose. Tout en se replaçant, le natif de l’Hospitalet n’arrive pas à y croire et en fait part à l’arbitre. « Tu es un fils de pute! Fils de pute! Y’a péno! Y’a péno, fils de pute! » Dès le coup de sifflet final, Valdés vient le lui répéter sous son nez. Carton rouge, six matchs de suspension. Il ne fait pas bon perdre ses nerfs, encore moins lorsque l’on a annoncé il y a deux semaines son intention de ne pas prolonger et qu’on ne s’est montré décisif qu’à de très rares occasions cette saison. Sixième clásico, troisième défaite. Dur.

Le jour où on a vu qu’on était pas morts, le jour où Balotelli n’a pas dansé avec ses potes et sa meuf derrière la cage d’Abiatti et le jour où Alba a couru soixante mètres en sept secondes


La fin du mois de février et le début du mois de mars avaient été terribles. Deux défaites contre le Real et, surtout, un match aller de 1/8e de finale de Champions complètement raté qui s’était soldé par une défaite 2-0 à San Siro. Le Milan avait fait le coup parfait. 85% de chances de se qualifier, c’est beaucoup, en effet. Oui mais voilà, en ce 12 mars 2012, tel un vieux groupe de rock désireux de montrer aux petits jeunes aux dents longues que c’est toujours eux qui commandent, le Barça a sorti sa plus belle guitare et sa plus belle voix pour fesser les protégés de Silvio Berlusconi. Un 4-0, propre et net, aussi violent qu’une soirée bunga-bunga. Messi par deux fois, Villa puis Alba. Deux buts par mi-temps mais, surtout, un écart remonté après 39 minutes de jeu et un premier but qui intervint avant la cinquième minute. Le Barça n’a pas cogité longtemps, mieux, il s’est un peu retrouvé dans cette victoire. Le scénario était presque trop parfait, presque trop écrit. Car, oui, personne n’y croyait vraiment, à part peut-être les joueurs eux-mêmes. Toujours est-il que le lendemain, dans toute l’Europe, les Catalans, malgré des « fins de cycles » à répétitions, redevinrent l’épouvantail et retrouvèrent leur appellation d’origine contrôlée de « meilleure équipe du monde ». A la prochaine révolution, je retourne mon pantalon.

Le jour où Abidal est revenu à la vie

Le Barça vient de s’imposer 5-0, Fàbregas a même inscrit un triplé et, fait rare, Alexis en a planté deux autres. Mais le Camp Nou ne célèbre qu’un seul et même homme, Abidal. Après la rechute du cancer du foie qui lui fut diagnostiqué il y a maintenant deux ans, le Français revient à son premier amour: le terrain. L’ovation qui lui est réservé est digne d’un film holywoodien dans lequel tout se termine pour le mieux. Quelques mois plus tard, pourtant, le Barça choisira de ne pas conserver dans son effectif l’ex-lyonnais. « La vie va vite, du jour au lendemain tout a changé dans ma vie. Oui, tout va très vite dans la vie« . Dans le football aussi. Adieu, Eric.

Le jour où on le Bayern nous a atomisé, le jour où s’est demandé pourquoi Guardiola allait là-bas alors qu’ils avaient déjà la meilleure équipe du monde, le jour où on s’est tous demandé s’il n’y avait pas moyen, du coup, de le faire revenir, le jour où même Robben nous a marqué un but, le jour où Piqué aurait mieux fait de remettre à plus tard son nouveau look et le jour où on a autorisé le pick and roll dans le football.

On s’abstiendra bien de revenir sur une 1/2 finale dont a déjà largement parlé sur ces pages. A Munich comme à Barcelone, entre la Sant Jordi et le Fête du Travail, le Barça a fait le pont. Deux matchs qui laissent un joli goût d’humiliation dans la bouche et qui laissent beaucoup de questions en suspens. Dès le lendemain, et pour la première fois depuis cinq ans, on ose enfin élever la voix en Barcelonie. La préparation est remise cause, tout comme l’absence, trop longue, de Tito. On doute aussi du système de jeu, jugé trop prévisible et on s’interroge sur les solutions venues du banc, parfois inexistantes étant donné le rendement de certains joueurs. Vrai. On oublie aussi un Bayern au top, sur une autre planète qui, même avec un Barça au mieux de sa forme, aurait été très difficile à battre. L’élimination, consommée dès le match aller, se termine sur un douloureux 0-7. La saison est presque terminée et, une fois n’est pas coutume, on est content de l’apprendre.

Le jour où on est devenu champions sans jouer et ce grâce à nos deux ennemis héréditaires

A la veille d’un déplacement au Vicente Calderón pour le Barça, le Real doit déjà sauver une première balle de match en sa défaveur. Il est condamné à gagner s’il ne veut pas que le Barça soit sacré champion sans même jouer. A priori, pas de problèmes. Se dresse face à lui un Espanyol assuré de ne rien décrocher au bout de l’exercice mais surtout mathématiquement sauvé après avoir été dernier au bout de dix journées. Pourtant, le match nul soldera un championnat faiblard pour le Real. Le vestiaire, divisé, n’en peut plus de Mourinho, le public et la direction non plus. Son départ acté, le Real fait tout pour ne rien faire de plus que le strict minimum. Quelques semaines plus tard, la défaite en Coupe du Roi contre l’Atlético sonnera le glas du modèle mourinhesque, qui sera d’ailleurs expulsé lors du match. Entre temps, le Borussia Dortmund et Lewandowski étaient passés par là, pour priver les madrilènes d’une dixième coupe d’Europe. Dur.

Le jour où on a pas célébré une Liga, le jour où, sans le savoir, Tito et Abidal ont dit adieu au Barça, le jour où la saison s’est terminée.

Premier week-end de juin en Catalogne, la chaleur est étouffante. Le Barça est sensé fêter à domicile son vingt-deuxième titre de champion d’Espagne. Oui mais voilà, depuis l’élimination en Ligue des Champions, les victoires se célèbrent plus dignement. Malgré tout, les Catalans font le boulot et remportent leur dernier match 4-1 contre un Malaga qui, lui aussi, n’aura pas su digérer son parcours en C1. Même si la fête est sobre, les chiffres, eux, son éloquents. Avec 100 points, le Barça égale le record de points obtenu par le Real Madrid l’année précédente. Les Catalans peuvent se gargariser d’avoir remporté 32 matchs sur 38, un record, d’avoir marqué 115 buts, autre record tout en gardant le plus gros écart par rapport au deuxième jamais obtenu dans l’histoire; à savoir quinze points. Enfin, encore plus intéressant: 78% des buts inscrits durant cette Liga furent inscrit par des joueurs formés au club. Tito et Abidal sont les seuls à s’exprimer, sans le savoir, ce sera la dernière fois qu’on les verra au Camp Nou. Tito devra renoncer à son poste d’entraineur mi-juillet et Abidal ne sera pas conservé par le club et signera dans la foulée à l’AS Monaco.

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2013, annus horribilis ?

Tout en empochant son quatrième titre national en cinq ans, le Barça a, en cette première partie de l’année 2013, lâché beaucoup d’énergie à se retrouver. L’élimination contre le Bayern, l’incapacité de battre le Real Madrid apparaissent, malgré les 100 points en Liga et une nouvelle année avec un trophée à ranger au Museu, en première place des doutes disséminés par Tito Vilanova et ses hommes. L’arrivée de Neymar, et sa présentation en grande pompe devant plus de 50 000 personnes, ne doivent pas faire oublier les interrogations que l’on a sur un effectif en grand besoin d’air frais. Les bases sont solides, les perspectives, elles, le sont un peu moins. Joueurs mis à part, la direction Rosell, et ses décisions pour le moins tranchantes, n’est pas non plus à épargner. Analyse.

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Se plaindre, se plaindre et encore se plaindre. Être pessimiste, négatif, anxiogène. Voir le verre à moitié vide, regarder le monde par le trou de la serrure. Les expressions idiomatiques sont nombreuses pour désigner le supporter catalan lambda. Depuis 1899 et sa création, le Barça vit dans un pessimisme ambiant qui lui colle à la peau comme un maillot moulant du sponsor que ce dernier arbore. Le culer ne croit pas en son équipe, il doute d’elle, il ne veut, pour rien au monde, vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué -tiens, encore une, d’expression idiomatique. La finale de Wembley contre Manchester? Rooney va en mettre trois, les Anglais arrivent bien plus en forme physique et, en plus, ils jouent quasiment à domicile. Le match retour contre le Milan cette saison? Impossible de passer avec un 3-0, la défense est trop friable et, en plus, Messi n’est pas en forme. Le culer a beau avoir à sa disposition l’équipe la plus marquante de ces cinquante dernières années, il s’en plaint comme si elle n’avait pas été capable de lui rendre au centuple un soutien parfois lâche au niveau de la ceinture. Les Catalans font partie de ces peuples inconscients de leur pouvoir. Ils doutent d’eux-mêmes alors, forcément, ils tendent à accuser les autres de ne pas croire en eux. La technique du chat perché. Ne m’accuse pas d’être comme je suis, tu en fais tout autant. Oui mais voilà, le sport, et en particulier le football, n’admet pas de considérations psychiques de cette gamme, pire, il s’en fout royalement. Une fois que le ballon commence à rouler, rien de plus simple que le foot. Onze mecs contre onze autres, spéculations mises de côté. Il y a peu, le Barça avait cette faculté à banaliser de cette manière l’art footballistique, de le ridiculiser, presque, en n’alignant que trois défenseurs, voire même de la réduire à un simple jeu de passes qui, il est vrai, finissait souvent en victoire. Les critiques furent nombreuses, ça oui, aujourd’hui, elle se décuplent. Il faudra s’y faire, le vent a tourné. Dernièrement, ce vent,il vient d’Allemagne, il glisse élégamment sur les pelouses, peut-être pas autant que celui qui vient de Catalogne, certes, il accélère la cadence et l’impact quand il le faut et il finit, lui aussi, en victoire. Dernièrement, donc, la mode vient de Bavière, elle est grande, costaud sans être imposante, elle est blanche de peau et on entrevoit déjà sa calvitie précoce. Il y a peu, elle aussi, elle puait la loose. Ses supporteurs avaient beau remplir les stades, elle était capable de perdre une finale à domicile en menant 1-0 à deux minutes de la fin. Aujourd’hui, elle incarne l’esprit de la victoire. La mode, aujourd’hui, c’est Arjen Robben. Looser né, perdant de toutes les finales disputées jusque-là. Un mec qui croit plus en lui que le monde entier réuni. Un mec qui, pourtant, est déjà passé par pas mal de grands clubs. Un mec qui fait douter sur sa réelle qualité et qui semble être atteint de trac aigu quand il voit approcher les buts adverses. Un mec qui aurait eu sa place au Barça.

Malheureusement, le bonheur n’est pas passé près du Barça cette saison. Entre les maladies, les blessures et les doutes de milieu de saison, peu sont ceux qui voient dans cette saison des raisons d’être optimistes. Pourtant, en étant le pire Barça du cycle en cours, les Catalans se sont permis le luxe d’engranger 100 points en Liga et de ne tomber, en coupe et C1, qu’en 1/2 finale. Cependant, bien au-delà de la froideur des résultats, c’est tout ce qu’il y a autour de ces derniers qui laissent une douceur amère en bouche. Le gros du problème, bien sur, c’est ce 7-0 encaissé en deux matchs contre le Bayern Munich. A l’aller comme au retour, à aucun moment, le Barça n’a semblé être en mesure de changer le cours d’une double confrontation à sens unique. Le Barça est apparu vieilli, hors du coup, sans solutions, bref, dépassé. Le deuxième souci, et non des moindres, c’est l’autre élimination décisive de cette saison, celle contre le Real, en coupe du Roi. Au match aller, lorsque Varane égalise, on repense aux opportunités loupées, celles qui aurait pu -et dû-  faire gonfler l’écart. Au retour, quand ce même Varane marque, c’est un bon tiers du stade qui délaisse son siège pour s’en aller une bonne vingtaine de minutes avant la fin du match. En une semaine, la saison du Barça a changé de ton. Il aura fallu une belle fessée contre l’ennemi éternel pour ouvrir réellement les yeux. Tactiquement, les hommes de Tito Vilanova se seront montrés torp friables. Pourtant, les combinaisons au sein de l’arrière-arde auront été nombreuses. La vérité est ailleurs. Alba s’est montré brillant quand Villa a réussi à faire le piston à la perte du ballon, pareil pour Alvés avec Alexis ou Pedro. En gros, si le Barça n’a pas changé sur un point, c’est sa nécessité du collectif. Pour le reste, la puissance footballistique dégagée sous Guardiola n’est plus la même. La possession reste toujours propriété des blaugranas, malheureusement, cette dernière ne fait plus souvent mouche. Ou, en tout cas, beaucoup moins qu’avant. Les actions sont prévisibles, les mouvements aussi. Une situation similaire? Lorsque vous maîtrisez un jeu-vidéo, vous finissez par faire les mêmes combinaisons. Pas que vous aimer faire ça. Vous avez juste besoin de vous rassurer. Ça a marché avant, pourquoi ça ne marcherait pas maintenant? Trop peu, trop tard. A part dans Fifa 13.

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Au-delà même de la critique pour la critique, ce qui revient à des cris d’enfants gâtés comme nous l’expliquions en introduction, il ne faut pas plus qu’un match moyen au Camp Nou pour remettre en cause une identité toute entière. Après la défaite à Glasgow, le monde entier s’est rendu compte que Piqué ne sautait pas assez haut et que Mascherano ne faisait pas le poids physiquement face aux bulldozers écossais. Après la déroute contre le Real en Coupe du Roi, on a appris que le Real était capable, en trois passes, de mettre assez de pression dans le dos de la défense pour que cette dernière soit dépassée. Après l’humiliation de l’Allianz Arena, on s’est rendu compte que ce Barça-là avait plus de mal devant l’adversité que d’habitude. Pourtant, tout au long d’une première partie de saison de tous les records (18 victoires, une défaite), les Catalans avaient souvent dû s’employé pour empocher les trois points quitte, parfois, à s’amuser du temps additionnel pour ne pas connaitre la défaite en Liga pendant cinq mois (Grenade, Séville, Osasuna). Malheureusement, cette faculté est allée en s’estompant les mois filant et, en fin de saison, le titre déjà en poche grâce à un parcours quasiment sans fautes, il n’y avait plus assez de suspense dans ce film pour se faire peur. La surprise n’était pas de la partie, la faute à un Barça trop froid, même en période de doute. Voilà une réjouissance que l’on appréciera à sa juste valeur dans trente ans peut-être, quand le club ne gagnera pas, au minimum, un trophée par saison et que les vaches seront encore plus maigres qu’Isaac Cuenca. Le Barça est, donc, en train de vivre un syndrome de Stockholm permanent avec lui-même; il est tombé amoureux de son style, celui qui l’a amené sur le toit de Rome, le toit de Londres, le toit de l’Espagne entière, le toit de l’Europe dans sa globalité. Le bon côté des choses, c’est qu’on sait ce Barça-là capable de retrouver son plus beau costume pour aller danser. Le danger, c’est de vivre dans le passé. Soit la transition se fait dans la douceur, soit elle se fait propre et nette. Le club, lui, a déjà choisi.

Depuis quelques années déjà, la communication du Barça, en Espagne comme à l’étranger, se résume en deux mots : les valeurs. Avoir des valeurs. La valeur de ne pas dépenser comme le Real Madrid sur le marché des transferts. La valeur de faire confiance aux gens de la maison. La valeur de porter soutien aux membres de l’effectif touché par les drames de la vie. Las valeurs d’avoir des valeurs, comme arboraient les joueurs après la victoire en Coupe du Roi la saison dernière sur un tee-shirt, vendu trente euros pièce. Malheureusement, en une semaine, le Barça a arboré un virage à 360 degrés qui nous fait douter, encore plus, de son humanité dans le monde du foot actuel. Éric Abidal, un joueur qui, et on à tendance à l’oublier, était l’un des meilleurs à son poste avant que le maladie ne le frappe de plein fouet, ne fera donc plus partie de l’effectif du club à la rentrèe prochaine. Telle a été la décision du club, qui s’est fendu d’une très belle conférence de presse avec le latéral Français. Derrière notre petit ordinateur, impossible de dire si Abidal a encore le niveau pour jouer au football. Alors, on veut, on souhaite de tout coeur que la décision qui a été pris à l’égard du lyonnais est une décision prise par Vilanova et son staff et qu’elle n’est pas instrumentalisée politiquement. Force est d’admettre que le Barça a versé tous les mois de salaires au joueur, même quand ce dernier n’était pas en mesure de jouer. Le soutien envers ses proches, en particulier se femme et ses deux filles a, selon les sources journalistiques catalanes, été sans failles depuis plus de deux ans. Cependant, on aurait souhaité, avec nos yeux d’enfants, qu’Abidal fasse partie des anciens de ce vestiaires qui chercheront de nouveaux défis dès août prochain. Ouais, on aurait aimé qu’Abidal devienne une sorte de symbole. On ne voit pas trop l’intérêt de faire des discours redondants sur les valeurs du club et mettre le Français dehors. On ne voit pas trop le but de répéter « Cette Liga est celle de Tito et d’Abidal » aux supporteurs quand le trophée est remis. Certaines des valeurs sont parties le jour où le Barça a signé avec Qatar Foundation, comme premier sponsor maillot de l’histoire du club. Elle se sont encore un peu plus consumées le jour où Qatar Foundation sera remplacé par Qatar Airways sur le maillot. Tout ça sous fond d’opération Neymar, un joueur que l’on aime déjà, qui nous promet du spectacle et qui s’exprime même en catalan pour nous mettre dans sa poche, mais dont le transfert est digne d’un transfert galactique de Florentino Pérez. Tout comme pour Abidal, nous ne sommes pas dans le secret des dieux, la preuve, personne ne sait encore le prix réel de la venue du Brésilien à crête. Mais, tout comme pour Abidal, les choix de la direction Rosell seront mis a mal au moindre grain dans la machine. A mi-mandat, le Barça a pris un tournant. Derrière un buisson, un certain Joan Laporta rôde. Nous aussi. Le roi est mort, vive le roi.

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Amener sa pierre au déficit

Le miracle n’a pas eu lieu, pire, il n’a même pas eu le temps de s’installer dans les têtes. Le Bayern Munich, largement supérieur à l’aller comme au retour, s’est tranquillement qualifié pour la finale de la Champions League (4-0; 0-3) en n’encaissant aucun but en 180 minutes contre le Barça. Les Catalans n’ont pas existé, pas lutté, même pas joué. L’heure est grave, le jour de gloire est loin d’être arrivé.

SEMIFINAL BARCELONA - BAYERN MÚNICH
Il a fait beau, mercredi, sur Barcelone. Après une semaine pluvieuse et fraiche, le soleil était revenu à peine vingt-quatre heures avant le match retour contre le Bayern. On vous l’accorde, de la à croire que la remuntada était assurée il y a un peu plus qu’un pas. Oui mais voilà. alors que le Barça grandit dans une tradition pessimiste depuis plus de 113 ans, mercredi, on y croyait. Mieux, sans Alba, Busquets et Messi, on y croyait encore plus. Le monde tourne parfois à l’envers, on a au moins la confirmation que ça arrive parfois en Catalogne. Un jour après, il est facile de le voir ainsi, mais, quand même, le fait même d’y avoir cru nous punit sévèrement d’avoir voulu passer outre une déroute déjà écrite. Mercredi soir, il n’était même plus question de déception, il était question de tristesse, de fin de règne, de désenchantement. Nos yeux d’enfants se sont fermés d’eux-mêmes devant deux matchs en forme de plaies ouvertes dont on devine, déjà, une cicatrisation difficile. Poser des mots sur une telle déroute semble impossible, pourtant, ces deux matchs seront, peut-être, les plus faciles à analyser. La maladie n’est pas apparue en une nuit, le syndrome ne s’est pas développé en un clin d’oeil. Non, loin de là. Les maux sont bien enfouis, ils sont latents et ressortent à l’occasion. Par « à l’occasion », comprenez « à chaque match important ». Oui, hormis le fameux 4-0 contre le Milan, le Barça n’a que très rarement assumé son rang. Le Real Madrid l’a battu deux fois en trois jours, le PSG l’a fait souffrir, le Bayern l’a out simplement écrasé. C’est grave, docteur? Non, c’est fatal.

Résumons ce match rapidement : rien. La Barça n’a rien fait, il n’a rien montré, il n’a, en rien, dérangé le Bayern dans son plan de se qualifier pour la finale. Le constat est terrible, mais surtout vrai. Un 7-0 cinglant, en 180 minutes, un K.O aussi violent que celui de Cassius Clay à Georges Foreman. Un signe ne trompe pas, hormis l’absence de dernière minute de Messi, le onze initial avait été annoncé par tout le monde la veille du match. En gros, si nous l’avions trouvé nous, pauvre supporteurs, imaginez bien que le staff technique du Bayern l’avait déjà en tête. Être prévisible, c’est peut-être le grand mal du Barça de cette saison. Alors que Guardiola changeait l’équipe après chaque match, et protégeait joueurs et tactiques comme s’il s’agissait de la recette de la potion magique, Vilanova s’applique à ne pas changer une équipe qui, soyons honnêtes, ne gagne plus grand chose. Et, justement, c’est là que le bas blesse. Si l’équipe ne gagne plus, pourquoi ne pas changer? Pourquoi ne pas donner un bol d’air frais à des joueurs qui donne le sentiment d’étouffer sur le terrain? Vilanova connait les joueurs mieux que nous, la preuve, ils les dirige depuis maintenant cinq ans. Or, toujours avec nos yeux de supporteurs, il ne nous semble pas voir beaucoup de joueurs indispensables actuellement, et encore moins après le match à l’Allianz Arena. Mercredi, pourtant, rien n’a véritablement changé. Le score, encore moins.

En fait, il est, à notre humble avis, dommage de voir autant de soutien à l’équipe après les dernières prestations en date. On ne défend pas non plus ceux qui tirent sur l’ambulance, non, on cherche juste un peu de recul. Si à chaque défaite, le barcelonisme se cache derrière un supporterisme forcené, bientôt, il vivra de ses souvenirs. Or, malheureusement pour nous, on croit encore un tantinet dans cette équipe. On croit encore que Messi est le meilleur joueur du monde, qu’Iniesta ne perd pas un ballon quand il le décide et que Xavi a un ordinateur dans tête quand il a un ballon dans les pieds. Ouais, on y croit. Malheureusement, il faut encore de la volonté pour ne pas se convaincre du fait que le danger nous guette depuis un beau jour de mai 2012 où un certain Pep Guardiola, micro en main, s’est presque excusé de partir. Ce ton d’excuses, c’est surement un trait de sa personnalité, celui qui le poussait à dire, même après une victoire 8-0 contre l’Osasuna Pampelune, que le match avait été dur à gagner. Nous, désormais, on ose croire que c’était aussi une manière de dire que ce qu’il nous attendait n’allait pas être du même acabit que ce que l’on venait de vivre. Ouais, Guardiola avait raison.

Accuser Tito serait, somme toute, assez facile. Il est vrai. Mais force est de constater que la voiture de course peine désormais à passer les qualifications. Elle se place en première ligne par expérience mais, au fond, elle-même sait que les petits nouveaux la pousseront inexorablement dehors. Le Barça, aujourd’hui, c’est cela : une équipe capable d’être championne début mai tout en sachant qu’elle n’est qu’a 50% de ses capacités. En tout cas, on l’espère encore. Car si l’équipe ets actuellement à fond, on ne donne pas cher de sa peau. Le PSG, le Bayern, Manchester ou le Borussia, tout en progrès, viendront bientôt lui manger dans la main, sans même se décoiffer à l’atterrissage au Prat. On sait que les Allemands sont friands des luxes estivaux de Barcelone, mais quand même, leur faire peur avec une victoire, aussi minime soit-elle, ne les auraient sans doute pas assez vexés pour qu’ils changent de destination de vacances. Mercredi, le Barça était un enfant dont les parents sont partis en laissant les clefs : il avait la possibilité de sortir, mais il a préféré se terrer dans la cave pour éviter les mauvaises surprises. Le lendemain, au réveil, les dégats sont quand même fâcheux et, plus que l’élimination, c’est l’image qu’on retiendra. Il y a un an tout pile, Chelsea venait lui aussi terrer les espoirs d’une nouvelle finale de Champions League, mais le Barça y avait cru. Voilà donc le noeud du problème : on ne demande pas une finale européenne tous les ans, on demande juste que les joueurs y croient.

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Mardi, à Munich, le Barça a encaissé l’une des défaites les plus terribles de son histoire et, à moins d’un miracle la semaine prochaine, a dit adéu à la finale de Wembley. Les difficultés entrevues contre le PSG en 1/4 et une usure mentale inquiétante obligent à un changement, loin d’être radical, mais qui devra être profond et étudié. En attendant cet été, les Catalans doivent régler les affaires courantes et montrer une autre image lors du match retour contre le Bayern.

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Le 23 avril, en Catalogne, c’est la Sant Jordi. Pour la faire courte, un chevalier, preux et valeureux, un jour, aurait combattu un dragon pour délivrer sa princesse. Accessoirement, c’est aussi le jour de la mort de Shakespeare et de Cervantés. Alors, surement dans un souci de diversité, le 23 avril, en Catalogne, on offre des livres et des roses. A Barcelone, la ville est rempli de stands de fleurs et de tables derrières lesquelles les plus fines d’entre elles sachant écrire signent leurs compositions. Toute la journée, les barcelonais se pressent, les grands comme les petits, les vieux comme les jeunes. Ici, on ne badine pas avec les traditions, encore moins à l’heure où le gouvernement central tente, réforme après réforme, de réduire l’importance de la langue ou de l’identité catalane, refuge de bon nombre d’indécis politiques ne savant plus quoi faire face à l’incompétence de l’État devant les chiffres du chômage qui ne font que grimper. Ce 23 avril dernier, c’est à dire mardi, en plus de la fête, le soleil était de la partie. Et, à Barcelone, il suffit d’un rayon pour que les lunettes de soleil et les shorts s’invitent à la fête. Mais, pour autant, certains des habitant avaient l’air soucieux, à tel point qu’ils ne regardaient même pas le prix des derniers caprices littéraires de madame. Englués dans un regard perdu dans le vide, le nez sur la montre, défiant la chaleur et le stress, ceux-là étaient déjà ailleurs. Tellement ailleurs qu’ils ne regardaient même pas les écrivains sur leur gauche, où les fleurs sur leur droite. Tellement ailleurs, que leurs femmes, pourtant les bras pleins de sacs, le leur faisaient remarquer. Oui, car, à Barcelone, Sant Jordi ou pas, on regarde le calendrier du Barça pour organiser sa journée. Or, le hasard voulait que, ce jour-là, le Barça visite l’Allianz Arena. La dernière fois que les blaugrana avaient joué un 24 avril, c’était un match de retour, toujours de 1/2 finale. C’était au Camp Nou, contre l’Inter de José Mourinho. Putain de calendrier.

A 22h25, on parierait que 100% des barcelonais auraient préféré lire un bon livre, peut-être un sur comment planter des roses dans son jardin, que d’avoir vu le match. Les intrigues de Ruiz Zafón ou les nouvelles de Quim Monzó nous auraient laissé bien plus en haleine. Malheureusement, le Barça ne s’est jamais réveillé à l’Allianz Arena et les difficultés pour se qualifier contre le PSG se sont décuplées face à une équipe bavaroise meilleure dans tous les domaines. Aujourd’hui, le barcelonisme est touché, bien touché, et même l’approche d’une vingt-deuxième liga ne suffira pas à le guérir. Les maux sont plus profonds qu’une simple élimination en 1/2 finale. Aujourd’hui, donc, fin avril 2013, le Barça a un besoin vital de changement, de nouveauté, de fraicheur. Les joueurs, les entraineurs se sont épuisés en même temps que la machine s’est usée et, de fait, les pièces de la mécanique se sont enrayées. La « fin de cycle » tant usitée, voire souhaitée, par les journaux madrilènes ou leurs envoyés spéciaux sur les ondes françaises n’est pas arrivé, non, car ce style de Barça est à différencier des autres. Qu’on le veuille ou non, le cycle s’est terminé avec le départ de Josep Guardiola, un homme qui a pris un groupe pour l’emmener au sommet avant de s’en aller par la grande porte. Les liens avec son successeur, Tito Vilanova sont évidents, mais boire le même lait maternel ne garantit pas une ressemblance parfaite. Certes, il est facile de le déclarer maintenant, mais force est de constater que ce style-là s’est effrité au fil d’une saison plus vite qu’en quatre ans avec le natif de Santpedor.

Mardi, Guardiola a manqué. Il a manqué par sa capacité de changer un match par un replacement ou une consigne. Vilanova, ou Roura, ne sont pas capables de le faire ce qui a obligé le Barça à avoir recours à des remontées sur le gong tout au long de l’exercice 2012-2013. Au-delà même des points engrangés, qui peuvent se discuter d’une manière ou d’une autre, c’est le jeu pur et dur du Barça qui est malade. On ne voit plus de pression suffocante pour l’adversaire dans les vingt-cinq mètres adverses, on ne voit plus dix joueurs jouer ensemble, on ne voit plus de coulissements dans les déplacements. Pire, si l’on regarde bien, un nombre de buts conséquents du Barça sont venus de Messi, ou d’Iniesta, éliminant un ou plusieurs joueurs et déclenchant l’action par leurs propres qualités. Avant cela, le plus souvent, dans l’action, le Barça ronronnait. Bien sur, tout n’était pas à jeter, mais la plupart des choses essentielles étaient faites plus par routine que par intérêt. Xavi n’a pas raté une passe contre le PSG. Certes, mais combien furent décisives? Réponse : pas beaucoup, pour ne pas dire aucune. Le Bayern, qui termine sa saison en boulet de canon, n’a su que profité d’une équipe battue avant même de rentrer sur le terrain. Mardi, on a vu un Barça se faire achever comme une vulgaire équipe de troisième division catalane alors qu’il abrite encore plusieurs des meilleurs joueurs du monde à leur position. Iniesta, Messi. On rajoute Valdés, et on a certainement les trois meilleurs barcelonais dans la saison. Le reste est décevant, au pire; en dents de scie, au mieux. Si les cycles en football sont longs, les défaites peuvent être longues à digérer comme courtes à encaisser. Le tout, c’est d’en tirer les conséquences.

Nouveauté, changement. Deux maîtres mots. Il est clair que le fonctionnement, jusque dans les institutions du club, est à revoir. La maladie de Vilanova nous attriste, mais il est impossible pour une équipe comme le Barça de se séparer de son entraîneur pendant deux mois. Rosell fait bien de promouvoir la langue catalane à travers le club, mais on aimerait un peu plus de poids dans la presse au moment d’exprimer, par exemple, son désaccord avec les buts invalides que l’on accorde aux adversaires. Roura n’a pu que remplacer son supérieur sur le banc, mais, à Munich, malgré la débacle, il n’y a guère que Villa qui est rentré. A quelques encablures de la fin, et pour pas grand chose. On ne tirera pas sur l’ambulance, et on fêtera cette liga comme il se doit, mais, quand même, on aura un gout d’inachevé, une impression de manque jusqu’à la fin. Les barcelonistes savent, à notre sens, qu’il est de plus en plus dur, pour ne pas dire impossible, de revoir les récitals de ce Barça-là comme lors de la première saison de Guardiola. Mais, au moins, on ne veut pas que ces génies sortent par la petite forte, à cause d’erreurs de castings ou de management qui pourraient se corriger assez facilement, la preuve, on les voit derrière un écran de télévision. Cette équipe n’est pas morte, non, on s’y refuse à le croire. Elle est capable de mettre 4-0 au Milan, ou de reléguer le Real Madrid à treize points en Liga. Elle est aussi capable de s’approcher des cent points et des cents buts en une cinquantaine de matchs. Elle est capable de nous régaler, tout simplement parce que c’est son destin depuis quatre ans, et qu’elle semblait le faire comme on lit le journal le matin : par automatisme et tradition. Cette équipe est là, bien là et ses membres fondateurs ne lâcheront pas le baton de guide. On laissera les questions physiques, techniques et tactiques de côté quelques temps. Hier soir, au Palau, la section de basket s’est qualifiée pour la Final Four de Londres. A deux minutes de la fin du match, les 5.000 âmes présentes ont entonné, subitement, l’hymne du Barça. De mémoire d’habitué du lieu, c’était la première fois que le refrain se faisait entendre avec autant de ferveur. Si le Barça est touché, ses gens le sont aussi. A lui de régler le problème. Il sait, au moins, qu’on ne l’attaquera pas sur le résultat. La rose pousse, le livre s’écrit.

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Et la lumière fut

Pour la sixième année consécutive, le Barça sera présent au rendez-vous des 1/2 finale de la Ligue des Champions. Ce sera contre le Bayern, entre avril et mai. Avant cela, il aura fallu souffrir contre le Paris Saint-Germain, pourtant novice à ce niveau de la compétition. Il aura surtout fallu attendre la rentrée de Messi pour commencer à rigoler. 

PedrovolviasentirelcalordelgolIl reste une poignée de secondes des quatre minutes de temps additionnel qu’a donné le corps arbitral. Iniesta, puis Alvés, des deux côtés de la pelouse, amènent gentiment le ballon vers le coin de corner et tente de résister à la pression des défenseurs parisiens. Le Barça tue le temps, il a l’oeil sur la montre, il tremble de peur en voyant les secondes défiler à une lenteur toute nouvelle et se décide à vivre sur le but de Pedro. Un peu plus, et il irait tirer les oreilles au quatrième arbitre pour avoir donné tant de souffrances supplémentaires. Heureusement, il n’en est pas encore là, mais un peu du Barça de nos fantasmes s’en est allé à ce moment-là. On n’imaginait pas ce Barça-là soumis au diktat du résultat brut, même lorsque ce dernier représente une qualification pour le dernier carré européen. Quelque part, on aime à penser que le romantisme existe encore dans le football. On est surement dans le faux, perdu dans des chimères d’authenticité à l’heure où les joueurs ont leur nom sur leurs chaussures et où les cameramen zooment sur ces dernières lorsqu’il s’agit de faire un placement produit. Mais, après tout, on n’est pas obligé de croire en des choses plausibles. On se demanderait presque si toute la grâce de ces fantasmes ne se cacherait pas, justement, dans leur difficulté à exister.

On le disait il y a peu dans ces mêmes colonnes : croire que tout était réglé après la démonstration contre le Milan (4-0), c’était se cacher la vérité. Déjà parce que ce match-là, dans toute sa beauté, nous aurait presque fait oublier le match aller, celui du doute, du néant, de l’inquiétude. D’ailleurs, depuis ce match retour contre les Lombards, il a fallu attendre jusqu’à samedi dernier pour revoir du bon Barça. C’était contre Majorque, ça a donné 5-0 et c’était sans Messi. Fàbregas et Alexis sont sortis de leur boite tels deux parias emprisonnés dans les critiques pour faire oublier l’absence de l’Argentin. Il faut dire que quand Messi ne joue pas, ça au moins le mérite de mettre ses coéquipiers devant le fait accompli : aujourd’hui, vous ne pouvez pas vous contenter de donner la balle au meilleur élève de la classe quand vous vous retrouvez sans solutions. Avec un Messi sur le banc au coup d’envoi contre le PSG, on se disait que la répétition avait rassurée les troupes. Certes, loin de nous l’idée de comparer Majorque et Paris. Mais quand même.

Le PSG, avec quelques retouches dans son onze au gré des suspensions, a tenté le même plan tactique qu’au Parc des Princes. Une pression intense dès le début de match et l’espoir de marquer rapidement. Sur l’ensemble des deux matchs, d’ailleurs, les deux premières mi-temps sont presque 100% parisiennes. Presque, parce qu’à l’aller comme au retour, Messi et Valdés ont sauvé les meubles. Au-delà d’eux, Iniesta fut certainement le seul à s’assurer la moyenne, enfin, Christophe Jallet dirait certainement un peu plus. Autrement, on aurait du mal à fêter une qualification acquise grâce à deux matchs nuls contre une équipe qui, apparemment, était souhaitée voire espérée lors du tirage. Tiré en dernier, le Barça pouvait tomber sur la Juve ou le PSG. Tous les supporteurs du Barça ont tremblé en pensant que les hommes d’Antonio Conte pourraient faire encore plus mal que leur voisin milanais. Au final, le PSG méritait de passer et la Juve a encaissé un joli 0-4 sur l’ensemble des deux matchs contre le Bayern. Le Bayern, tiens, que le Barça rencontrera à la fin du mois. Paisibles…

S’il fallait fêter quelque chose mercredi soir, c’était la qualification pour la sixième année consécutive pour les 1/2 finale. La vraie victoire, elle est là. Le Barça bat un nouveau record européen et, d’ici le match aller à Munich, Messi aura dix jours de récupération, pareil pour Pedro et Adriano. Les impondérables pour affronter le Bayern seront certainement plus faciles à gérer pour Tito Vilanova. Malheureusement, on sent ce Barça-là un peu fatigué. Si parfois, comme contre Milan, les déplacements d’attaques sont fait en équipe, le plus souvent, on se contente d’attendre une nouvelle invention d’Iniesta et Messi. L’Espagnol et l’Argentin sont désormais les seuls à tenter d’éliminer, à tel point qu’on craint que leurs coéquipiers se soient complètement renfermés dans le jeu de passe autour de la surface en attendant le décalage. Tels des poètes maudits ou des écrivains incompris. Cependant, on ne voit pas quel changement tactique pourrait remédier à cela. On comprend qu’avec Messi ce soit plus facile, car n’importe quelle équipe est meilleure avec un Messi dans son équipe. Mais au-delà de sa présence, le natif de Rosario semble, au moins. donner l’espoir à ses coéquipiers que la victoire est de nouveau possible. Même sur une jambe. Le Barça est parfois endormi, souvent apathique. Le coup de fouet attendu, avec la Liga en poche, ce sera contre le Bayern. Wait and see.

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Paris perdu

Avec un résultat positif grâce à deux buts à l’extérieur, le Barça affrontera le match retour en favori. Malgré tout, une deuxième mi-temps mi-figue mi-raison et les blessures successives de Messi et Mascherano assombrissent légèrement le tableau. Le retour de Tito Vilanova sur le banc fut également marqué par un PSG à la hauteur et plutôt avantagé par l’arbitrage. 

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En fait, l’analyse d’un match est parfois facile. Mercredi prochain, au coup d’envoi du match retour entre le Barça et le Paris Saint-Germain, le Barça sera aussi favori qu’il l’était hier soir, quand Mr Stark lança les hostilités. Aussi simple que cela, tant simple com això.  Dans un Parc des Princes plein à craquer et qu’on aurait pu remplir trois fois, le Barça s’est assuré un match retour en gardant la tête de la course. Oh, comme souvent, il aurait pu l’aborder en ayant déjà un pied et demi voir un pied et neuf doigts en 1/2 finale, comme le Real Madrid hier soir, qui affrontera le bouillant déplacement à Galatasaray de la semaine prochaine très tranquillement. Mais, mardi soir, le PSG était bien décidé à faire revivre à la France une soirée européenne digne de ce nom, comme le Saint-Etienne-Liverpool de 1977, le Marseille-Milan de 1993 ou même -clin d’oeil ou non-  le PSG-Real Madrid de cette même année 93, année érotique, au moins pour le football hexagonal. Beckham, Ibrahimovic, Lavezzi, Pastore, Lucas Moura et Lavezzi étaient titulaires; autant dire qu’Ancelotti n’était pas là pour admirer le Barça et faire des photos de Messi, comme beaucoup de gens présents au stade. Il faut dire que ce PSG-là fascine autant qu’il ne provoque d’attentes, fondées ou non. Il y a à peine deux ans de cela, on ne croyait pas qu’une équipe française soit capable de damner le pion aux plus grands tant sur le terrain que sur le marché des transferts. Un rachat, un Qatari et 300 millions d’euros plus tard, le PSG souhaite s’inscrire dans les quatre meilleurs équipes du Vieux Continent, non seulement cette année, mais de manière durable et répétée. On peut critiquer tant qu’on veut le principe, les méthodes; regretter que le football soit la proie de milliardaires dont la connaissance du foot reste limitée. Oui, on peut. Mais ce PSG-là, même s’il fascine, reste désespérément banal si on le place sur la frise chronologique de l’histoire du football. Essayer d’acheter les meilleurs joueurs pour lutter contre les meilleurs et être dans le gratin des équipes européennes voilà ce que font depuis une demi-siècle toutes les équipes qui trustent le dernier carré de la Champion’s League. Certes, certaines exceptions sont à noter et, parmi elles, le Barça. On peut y ajouter le Bayern, par exemple. Les deux s’appuient sur un noyau de joueurs « du cru », parfois formés au club, mais le plus souvent socle en club comme en sélection dans un championnat national qu’ils ne quitteront jamais. Xavi, Schweinsteiger, Iniesta, Lahm, Busquets, Muller. Tous touchent les cimes du football de notre continent, en club comme sélection. Leurs clubs dépendent beaucoup de la formation, certes, mais, l’un comme l’autre, ils peuvent se permettre un petit caprice par été. Un Cesc Fàbregas, par exemple, ou un Javi Martinez. Certes, côté Barça, la formation est au goût du jour depuis quasiment toujours, et personne ne peut en vouloir au club catalan de savoir former des joueurs comme ceux que l’on vient de citer, et même le meilleur du monde/de l’histoire : Lionel Messi. En plus de racheter les meilleurs joueurs de Liga (Villa, Alba), le Barça se permet de mettre la formation des petits catalans en première ligne. Mais, aujourd’hui, ce modèle tant saluée depuis cinq ans ne suffit plus. Et, tout comme le PSG, le Barça commence à souffrir d’un manque de confiance de la part de sus supporteurs comme de la part des observateurs. Il suffisait de se ballader hier dans les rues de Barcelone et voir des Français fêter le but de Messi. De l’autre côté des Pyrenées, certains Français célébraient celui d’Ibra, sans pour autant qu’ils ne soient supporteurs du PSG, maus juste par envie de voir enfin se terminer ce cycle singulier et sans partage du Barça. Le monde tourne à l’envers.

Et, à Barcelone, il tourne encore plus vite, le monde. Deux minutes avant la fin du temps réglementaire, on se demandait déjà si le Galatasaray de Drogba serait capable de gêner le Real Madrid. Une poignée de minutes plus tard, le but de Matuidi a fait remonter à la surface des mauvais souvenirs aux Catalans. Pas plus tard que samedi après-midi, à Vigo, le Barça s’est de nouveau fait rattrapper dans les derniers instants et a concédé le match nul (2-2). Rien de bien grave, certes. La Liga est presque en poche et, le lendemain, le Real s’est fait accrocher à Saragosse et, donc, n’a pas réduit l’avance de treize points dont jouissent les blaugranas en tête du championnat. Mais quand même. Les match « pleins », réussis du début à la fin, dans l’intensité comme dans le résultat, se font de plus en plus rares en Catalogne. On aimerait revoir des prestations comme contre le Spartak de Mouscou (0-3), Malaga en coupe du Roi (2-4) ou le Betis (1-2). Malheureusement, le Barça est la, plupart du temps, conformiste dans son attitude : il joue pour jouer, conserve pour conserver. Un manque de mouvements qui facilitent la tâche des adversaires qui, désormais, ne se contentent plus de se regrouper en derrière et ne viennent plus en victime expiatoire au Camp Nou. Croire que le Milan n’a fait que se « garer devant les buts » à San Siro et a profité de deux contres pour faire trembler toute la Catalogne par crainte d’une élimination précoce reviendrait à être aveugle devant la réalité. Le Milan, critiqué de partout, et en perte de vitesse dans tous les domaines, a eu plus d’occasions que le Barça. Le match retour, dans son ensemble fut magnifique. Dans les tribunes comme sur le terrain. La prestation collective ce soir-là restera dans les mémoires, à juste titre, mais elle portera peut-être la faute d’avoir laver d’un coup d’éponge des doutes qui sont nés dès le mois d’août, au Bernabéu, lors d’une première mi-temps de Supercoupe d’Espagne cauchemardesque, Le Barça montre de plus en plus ses faiblesses. Les adversaires ne sont plus dupes. Et, quand en plus, ils ont l’arbitre plutôt de leur côté… Il y a quelques temps, lors de sa fameuse diatribe du « ¿Por qué? », Mourinho accusait Mr Stark de rouler pour le Barça. Hier, l’Allemand s’est appliqué à prouver le contraire. Ibra était hors-jeu sur la première égalisation. Suspendu d’abord, hors-jeu ensuite, Ibra marque quand même. « La prince il a dit qu’Ibra elle était pas hors-jeu« , diraient les Guignols. A Barcelone, on est un peu comme à Saint-Étienne, on sait que les guignols, c’est lyonnais. On s’en méfie. Comme de la peste.

Le match d’hier, malgré un bon PSG, aurait dû tomber dans l’escarcelle du Barça. Il aurait même dû permettre aux Catalans d’aborder le match retour avec beaucoup d’avance. Malgré  Ibra et compagnie, le PSG est jeune, très jeune. Il n’a pas dosé ses efforts et a payé cash son innéficacité devants les buts, bien aidé par un Valdés qui entretient une idylle avec les stades parisiens (finale de Champions 2006, France-Espagne de mardi dernier). Le but de Messi sonnait exactement comme le glas d’un match de Coupe de France où les amateurs footballeurs du dimanche et caissier de supermarché de la semaine plient inexorablement  devant la puissance de l’équipe professionnelle, après avoir cru très fort à l’exploit. Oui, le but de Messi, après une passe magnifique d’Alvés -auteur de son meilleur match depuis un an et demi- aurait du ressembler à cela. Malgré tout, la cuisse de Messi s’est réveillée et, peu après, le genou de Mascherano a lâché. Un seul être vous manque et tout est dépeuplé, ou deux êtres, peu importe. Paris ne réussit pas aux Argentins. Ça doit être ça. Paris ou pas, la seconde mi-temps avec Cesc en numéro neuf n’est pas vraiment à ranger dans les placards des meilleurs moments du Barça. Le penalty de Xavi aurait du suffire, encore une fois. Mais non. Les prestations d’Alvés, d’Alexis et de Valdés sont à souligner, mais le reste ne fut pas brillant. Un Barça moyen, pour un match intense mais décevant au final, qui laisse plus que des doutes. Les failles défensives, qu’elles amènent un but adverse, sont de plus en plus récurrentes, et la situation ne s’améliorera pas de sitôt, avec l’absence de six semaines de Mascherano qui vient s’ajouter à celle de Puyol, laissant à Tito un casse-tête chinois pour le match retour de mercredi. Bartra, qui n’a joué qu’une fois en trois mois et qui a montré des signes évidents de manques d’affinités de jeu avec Piqué à Vigo? Abidal, dont on ne connait pas encore le niveau physique après une transplantation et une absence d’un an et demi? Song, qui peine encore à montrer son réel niveau? Busquets, qui redescendrait en défense centrale et qui laisserait son poste clé, celui où il est le poumon du Barça? Adriano, qui sera toujours en phase de reprise après sa blessure contre le Rayo? Voilà les choix qu’a Tito pour mercredi prochain afin de former la doublure de défenseurs centraux avec Gerard Piqué. On en connait un qui serait bien resté à New York un peu plus longtemps.

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En l’espace de trois matchs et de trois démonstrations de football, le Barça semble s’être lancé à la conquête de sa saison. Tito, Cesc, Alba et même Messi, battant record sur record, semblent, comme tous leurs coéquipiers, sur la même longueur d’onde. En plus de cela, l’avance en tête du championnat ne fait qu’augmenter. Analyse.

Barcelona-football-team-s-play_54355438002_54115221152_960_640On avait des doutes, des questions, peut-être même des inquiétudes. On en demandait plus, on voulait le voir pour y croire, on en espérait d’avantage . Dur de boire du mousseux quand on a goûté au champagne pendant quatre ans. « Je ne me compare pas avec Pep. Je sais que je perdrais toutes les comparaisons avec lui« . Tito est à l’image de sa comarque de naissance, l’Empordà : simple, sans fioritures, humble. Après un peu moins de quatre mois de compétition, il a pourtant remplacé son prédécesseur dans plusieurs catégories. A l’heure où l’on parle, le Barça actuel vient de déloger le Real Madrid de Radomir Antic du milieu des années 90, celui qui avait réussi le meilleur départ en championnat de toute l’histoire. Dix-sept ans, treize victoires et un match nul plus tard, le Barça de Tito est déjà en haut de l’affiche. Tout en haut de l’affiche, même. Jugez plutôt : leaders avec six points d’avance sur son dauphin de l’Atlético Madrid qui, décidément, n’arrive même plus à faire illusion dans les derbys madrilènes, onze sur le Real Madrid, quinze sur le Bétis Séville a qui il rendra visite dimanche. Ajoutez à cela une qualification pour les huitièmes en Champions avec une première place du groupe assurée et un dernier match mercredi contre le Benfica sans réel enjeu. Le torrent était de bonne qualité.

Plus que les résultats, qui sont, de toute façon, probants depuis le début de cette saison, le Barça a enfin trouvé son rythme de croisière. En dix jours et trois matchs; à Moscou, à Levante et contre Bilbao, le Barça s’est montré sous plus beau profil. Profitant d’un hiver qui grandit à pas de géant sur Barcelone, Iniesta et ses compères semblent vouloir profiter des derniers rayons de soleils chauds que 2012 peut leur accorder. Iniesta, justement, représente parfaitement ce revirement de casaque du jeu blaugrana. Depuis qu’il joue ailier gauche, le natif de Fuentealbilla prend sous son aile toute l’équipe. Cesc, lui, profite de l’aubaine, et justifie à chaque match ses titularisations successives dans l’entre-jeu catalan.  Un milieu à quatre, avec Iniesta placé un poil plus haut sur l’aile, redescendant à sa guise et perçant par le côté les défenses resserrées adverses, avec un Fàbregas qui le remplace numériquement dans l’axe; voilà la parade de Tito aux dispositions tactiques des adversaires. Car, jusque-là, il faut bien l’avouer, on perdait patience à voir cette si belle machine blaugrana s’échiner devant les défenses adverses érigées comme un donjon devant la forteresse. Souvent, les Catalans ont peiné dans l’exercice de changer de vitesse, de jouer la surprise, bref, de surprendre. Parfois prévisible, comme en fin de saison dernière, le Barça s’en remettait à ses individualités pour régler les affaires courantes. C’était en attendant de trouver la bonne formule, la bonne recette, le bon dosage.

Malgré tout, force est de constater que les individualités sus-nommées font toujours autant la différence. Messi en est à vingt-et-un but en Liga en quatorze journées. Le probable quadruple Ballon d’Or n’en peut plus de marquer, même s’il a du se mettre quelque peu à la diète depuis l’arrivée de Tito sur le banc. Mercredi dernier, contre Alavès, en match retour de la Coupe du Roi, il n’était même pas dans le groupe. Pour un joueur habitué à tout jouer, même les matchs amicaux, voilà qui change. Tito est moins dans l’affectif, plus dans le résultatif. Mais, avec ses joueurs, il ne triche pas. Jordi Alba, qui a connu des difficultés à s’intégrer dans le collectif barcelonais au début de saison, est, aujourd’hui, parmi les meilleurs soldats de ce début de saison. L’ex de Valence a, lui aussi trouvé le bon dosage entre montées offensives et couverture défensive. Son entente avec Messi est prometteuse à en voir les passes décisives qu’il offre à l’Argentin. Il se dédouble également parfaitement avec Iniesta et profite de sa vitesse pour pallier à toute perte de balle dans sa zone. Assurément un transfert à ranger dans les colonnes des réussites. Seule ombre au tableau : les blessures. Pas une semaine ne passe sans qu’un joueurs ne soit obligé de passer par la case infirmerie. Si Cuenca et Thiago reprennent le chemin de la compétition petit à petit, Alvés et Alexis, tous les deux dans un moment délicat au niveau de leurs performances, sont encore resté sur le carreau, pour, respectivement, la quatrième et deuxième fois de la saison. Heureusement, les remplaçants ont toujours répondu fidèle au poste. Comme Montoya, future pépite. Mais aussi Adriano; capable de jouer libéro quand les circonstances le demandent contre le Real Madrid mais aussi de marquer avec un sang-froid hallucinant après une action defolie contre Bilbao. Assurément l’homme à tout faire de Tito, comme Keita l’était pour Pep.

On ne voudrait pas être trop tôt euphorique, tout comme on ne voulait pas être alarmiste il y a peu, mais ce Barça-là, avec cette confiance qu’il dégage et qu’il engrange, et le matelas de points qu’il s’est procuré en Liga, peut viser haut, très haut. Il est trop tôt pour parler d’une nouvelle finale de Ligue des Champions et de l’avènement, déjà, de trois Barças différents. Pour Marcelo Bielsa, pourtant, il n’y a pas de différence entre ce Barça-là et celui de Guardiola. « C’est bonnet blanc et blanc bonnet. Même fond de jeu, mêmes déplacements, même recherche constante de déséquilibre. J’attends de voir une équipe qui pourra les battre« . On veut le croire, et on veut aussi croire que Wembley deviendra bleu et grenat l’espace d’une soirée, encore une. En attendant mai, les étapes seront nombreuses. Dans une Liga qui rentre petit à petit dans le rang, le duel contre le Real Madrid est loin d’être terminé. S’il semble acté que Mourinho ne restera pas une saison de plus en Espagne, le divorce entre le Portugais et Florentino Pérez pourrait se régler à l’amiable avec une victoire finale en Champions League. La fameuse décima, qui sonne chaque saison comme une promesse présidentielle. Nul doute que le Real en est capable. Nul doute que Mourinho en est capable, lui, ce monstre d’orgueil qui est sorti une heure et demie avant ses joueurs sur le terrain samedi pour défier le Bernabéu tout entier, qui, d’ailleurs, ne l’épargne pas dernièrement. Problème, avec le froid polaire régnant sur l’Espagne, les abonnés madrilènes, malgré le derby, sont restés chez eux jusqu’à la dernière minute. Le Bernabéu sonnait bien creux quand l’Unique est venu lui montrer sa persévérance. Une semaine plus tôt, le Barça s’imposait à Levante avec onze joueurs du centre de formation, dont sept catalans. Il n’y a pas de lien de cause à effet. Mais, une chose est claire, on ne vas pas bouder notre plaisir. On aurait tort de le faire, non?

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En signant sa onzième victoire en douze de matchs de Liga, le Barça a conforté son avance en tête du championnat et Messi en a profité pour ajouter un doublé de plus à son palmarès et se rapprocher un peu plus du record de Gerd Müller, hier soir, au Camp Nou, face à Saragosse (3-1). Si les résultats sont probants, le Barça de Tito est encore en rodage et commence sérieusement à se différencier de celui de Pep. Plus que jamais, le Barça nouveau est encore en téléchargement.

Dans un monde capitaliste à outrance comme celui dans lequel nous vivons, le Barça fait parti des meilleurs éléments. Froid comme les couloirs d’une entreprise du CAC 40, le club catalan se forge, semaine après semaine, une réputation de tueur silencieux des pelouses espagnoles et européennes. Hier encore, contre un Real Saragosse loin d’avoir fait le pire match de sa saison, les Catalans n’ont pas donné l’impression d’être bien au-dessus de leur adversaire. La différence, celle que l’on voit au tableau d’affichage, celle qui compte, encore plus dans ce genre de matchs, s’est faite par les individualités. Ces dernières sont bien connues. Elles sortent de leur tanière quand la situation le demande. Messi, bien entendu, mais aussi Montoya, Alba et même Puyol. Pour la première fois depuis des lustres, Vilanova a pu choisir sa défense et non dû la composer en fonction des absents, des blessés ou des suspendus. Un détail peut-être; un clé, plus certainement. La preuve, si Messi sera élu homme du match pour son nouveau doublé, Alba et Montoya, les deux latéraux, ont tout simplement été phénoménaux sur leurs côtés. Song, pour sa part, en plus du but qui permit aux blaugranas de reprendre l’avantage, a montré des signes évidents d’intégration aux principes de jeux locaux. L’ex d’Arsenal n’est définitivement fait pour jouer en défense centrale. Et le Barça de Tito n’est définitivement pas le même que celui de Pep.

Les semaines passent, et il est toujours impossible de se forger une opinion claire et précise de ce Barça-là. Les résultats sont là, même si l’unique trophée mis en jeu depuis mi-août -la Supercoupe d’Espagne, à échappé aux Catalans. L’opinion que l’on se fait, ou plutôt, que l’on cherche à se faire, est forcément dictée par les circonstances atténuantes qu’ont tenu les hommes de Vilanova. S’il y a bien un secteur qui marche à Can Barça actuellement, c’est l’infirmerie. Puyol, Piqué, Alexis, Alvés, Alba, Iniesta. Tous se sont déjà blessés depuis le début de saison, tous on été absents au moins une fois. La défense « idéale », celle qui marque l’époque Guardiola -Alvés, Piqué, Puyol et Abidal, n’a pas pu être aligné une seule fois par son successeur. Comme un symbole, le passé se refuse à Vilanova. Il se refuse à lui, comme lui se refuse à se comparer à son prédécesseur lorsque les journalistes osent lui poser une question. Les conférences de presse, d’ailleurs, sont à l’image du bonhomme : simple, classique, sans surprises. Comme son système de jeu. Pourtant, Vilanova se défend de n’avoir que le 4-3-3 comme réponse aux défenses adverses : « Nous avons un plan A, un plan B, et même un plan C à l’intérieur du plan B« . Pourtant, son Barça ne semble pas varier d’un iota match après match. Sans surprises. Voilà le danger.

Il est certain que des supporteurs d’autres équipes, en lisant ceci, pourraient bondir de leur chaise. Ceux -là pensent que le résultat seul nous contentera. Cependant, impossible de se satisfaire d’une chose aussi impalpable qu’un résultat brut. Dur se se satisfaire de cela, oui. On aimerait revoir les envolées lyriques du Barça d’il y a peu, celui qui régalait son public, même en menant 5-0. Aujourd’hui, il ne bouge pas l’oreille si le résultat est acquis. Pire, il est parfois prévisible dans ses mouvements. Certes, il finit souvent par gagner, parfois même à l’ultime seconde. Mais, tout en saluant sa pugnacité, il ne faut pas oublier que s’il gagne le match à la fin, c’est aussi parce qu’il n’a pas su le faire avant. En témoigne ses débuts de mi-temps ratés (Mallorca, Real Madrid en Supercopa, Osasuna) ou ses difficultés sur coups de pieds arrêtés (Celtic Glasgow, Mallorca). On a parfois l’impression, oui, que le Barça s’endort sur ses lauriers, se repose sur ses acquis, bien trop fatigué pour puiser au fond de ses ressources. La saison dernière, on avait déjà ressenti une pointe de suffisance que l’on tenait pour coupable de plusieurs matchs décevant dans la forme plus que dans le fond (Villarreal, Espanyol, Séville). Cette saison, c’est donc l’inverse. La forme est là, les points aussi. Premiers du championnat, huit points d’avance sur le Real Madrid, meilleure attaque du championnat. Le torrent est dans la mémoire vive de l’ordinateur. Il ne manque plus que le téléchargement se termine.

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Un match, deux buts, des questions

Le Clasico d’hier, peut-être le plus équilibré des dix dernières années, laissent un avantage confortable au Barça tout en haut de la Liga. Messi et Ronaldo se sont tirés la bourre tout au long d’un match indécis, mais de grande qualité. Si les résultats sont là pour les Barcelonais, et les points aussi, le Barça de Tito laisse encore quelques doutes en chemin. Explications.

Quand le ballon de Benzema heurte le poteau de Valdés, après à peine trente minutes de jeu, le Camp Nou entier sent un frisson gelé passer dans on dos. Une heure plus tard, quand celui de Montoya touche la barre de Casillas, c’est une chaude goutte qui s’échappe de son front. Ces deux actions qui ne se sont, de fait, pas terminées en but, décrivent bien un match qui est allé dans les deux tours du cadran. Aujourd’hui, impossible de dire qui du Barça ou du Real Madrid méritait plus de l’emporter, hier au soir. Il est vrai que les Catalans ont mené 2-1 et qu’ils étaient dans leur meilleure période, période qui coïncide avec la prise en main des opérations d’Andrés Iniesta. Mais il est aussi vrai que le Real, par Benzema, donc, avait le 0-2 au bout du crampon. Le match nul est complet et vérifié dans tous les secteurs : 2 buts chacun, 2 de Messi et 2 de Ronaldo. L’égalité va même dans les chiffres personnels des deux cracks : un doublé hier, et huit diane par tête de pipe au classement des buteurs. Barcelonais et madrilènes ne voulaient pas se départager hier, ils voulaient rester bon ennemis et vite laisser de côté ce Clasico placé, cette saison, très tôt dans la saison. En effet, le calendrier suscite quelques interrogations. Programmer un Clasico après seulement six matchs de Liga, c’est s’asseoir sur un peu de magie en plus. Car, ni le Barça, ni le Real n’ont téléchargé leur meilleure versions et tous deux ont encore besoins de beaucoup de réglages. Entre les transferts, les changements d’entraîneurs, les problèmes de vestiaire et les départs pour la sélection, les deux géants du football européen se retrouvent avec encore beaucoup de pain sur la planche pour arriver au top de leur forme en mai prochain. Voilà pourquoi, avant le but initial de Cristiano, Barça et Real se sont regardés en chien de faïence, cachés, sans se risquer plus que l’adversaire. Voir sans être vu, voilà quelle était la tactique.

Une tactique, Tito Vilanova aurait bien voulu pouvoir en mettre une en place. Suite à la blessure en cours de match de Dani Alvés, le technicien catalan s’est retrouvé privé de la « défense idéale », celle qui a conquis les trois quart des titres de l’ère Guardiola, à savoir, de droite à gauche, en plus du Brésilien, Piqué, Puyol et Abidal. A leur place, Jordi Alba, une recrue voulue par Vilanova, un milieu défensif et un latéral reconvertis en défenseurs centraux : Mascherano et Adriano. L’option Adriano, préférée à celle de Song ou de Bartra est apparu dans la tête de Vilanova vendredi. Une discussion rapide avec le Brésilien a suffi. Après avoir joué arrière-droit, arrière-gauche, milieu gauche et milieu droit, Adriano a découvert, hier soir, son cinquième poste à Can Barça. L’absence de Puyol ne s’est quasiment pas faite ressentir tellement les Barcelonais ont mis de la volonté, de la hargne et de l’envie dans leur jeu. En revanche, celle de Piqué, trop juste pour tenir sa place, oui. Balle au pied, l’ex de Manchester est sans doute le meilleur au monde à son poste. La qualité de sa première relance, sa capacité à trouver Busquets ou Xavi en première intention permet souvent au Barça de s’installer très rapidement dans la moitié de terrain adverse. D’ailleurs, hier, la mise en place du milieu de terrain fut sans doute ce qui a empêché les Catalans d’aller plus rapidement se frotter à Ramos et Pepe. Messi redescendant extrêmement bas -comme un milieu de terrain classique, Xavi n’a, de fait, pas pu le trouver dans l’espace. C’était à Pedro et Fàbregas de trouver les diagonales dans le dos des centraux madrilènes; ce ne fut pas souvent le cas. L’ex d’Arsenal s’est entêté à jouer en une touche, et il a souvent raté ses tentatives. Son replacement au milieu en deuxième période avec un Messi plus haut a permis à Iniesta de se libérer de l’emprise de Khedira. Le natif de Fuentealbilla a pris les choses en main après l’égalisation de Ronaldo. Il fut sur le point de mener le Barça à la victoire. Le reste, Messi s’est chargé de le faire. L’Argentin a perdu beaucoup de ballons, et il n’a pas pu enchaîner des séances de dribbles comme il en à l’habitude face à Xabi Alonso et consorts. Pourtant, il a encore marqué un doublé : un but plein d’opportunisme et un autre, splendide, d’un coup-franc direct que Casillas n’oubliera pas de sitôt. Tactiquement, le Real a gêné le Barça dans la construction, comme c’est habituel depuis la saison dernière. Aujourd’hui, le Real ne vient plus en victime expiatoire au Camp Nou, il se sait capable de gêner l’armada catalane. Pourtant, certains signes ne trompent pas. 87e minute, le Real est a huit points du Barça. Mourinho fait rentrer Essien en lieu et place de Di Maria. Buenas noches.

Le Real a au moins appris une chose : il s’en sort définitivement mieux quand il ne décide pas à casser le jeu barcelonais, les jambes, voire même, les mains barcelonaises. Attention tout de même, le naturel revient toujours au galop lorsqu’on essaye de le chasser. Xabi Alonso, par exemple, peut se féliciter d’avoir fini un nouveau Clasico sans s’être douché un peu avant ses adversaires. Le Basque est définitivement l’homme de base de Mourinho. Il est son relais sur le terrain, sa présence dans le vestiaire. Celui qui monte l’intensité un ton au-dessus à chaque affrontement contre le Barça. Hier soir, il a trouvé du répondant, en la personne de Sergio Bsuquets. Le numéro 16 catalan a offert une démonstration de numéro 6. Peu de déchets, libérateur d’espaces, il ne doit qu’au talent d’Ozil d’avoir souvent vu l’Allemand de dos. Au fout et au moulin, le natif de Ciutat Badia aurait pu, lui aussi, voir un deuxième carton jaune lui être adressé. Il est passé entre les gouttes, voilà qui compense son expulsion injuste en Ligue des Champions contre le Benfica. On en revient au même point : égalité parfaite, même dans les cartons rouges possiblement oubliés. Pire, l’égalité se retrouve même dans les polémiques. Deux pénaltys, un de chaque côté aurait pu être sifflé. Deux fautes dans le surface qui aurait pu, et aurait peut-être du, entraîner l’expulsion de Pepe et d’Adriano. Delgado Fereiro a préféré s’abstenir. Pas Pepe, en conférence de presse. « Iniesta vient sur moi et fait plusieurs roulades. Ils sont comme ça, ils exagèrent, ils essayent de tromper l’arbitre. Nous sommes habitués« . Sans commentaires.

« Sans commentaires« , voilà certainement ce qu’aurait dit Guardiola. Mais ce dernier est à New-York, avec Madame et les enfants, et Tito a pris sa place, costumes noir jet et barbe en moins. « Pepe, on pourrait faire une vidéo de tous les coups qu’il met. Alors, de quoi se plaint-il?« . Une punchline qui en appela d’autres : « Si on veut discuter toutes les décisions, on peut le faire. Qu’on parle donc de l’action du 2-2. La faute sur Iniesta au début de l’action est très claire« , ou encore, « Mourinho est venu me dire à la fin du match que cela avait été un bon match entre deux grandes équipes. Avant, je n’avais jamais parlé avec lui, étant donné qu’il ne parle pas aux entraîneurs adjoints« . Tito est en marche. Son équipe, son Barça est en pleine évolution. Malgré sur guardiolisme avoué, Vilanova n’hésite pas à imposer sa patte. En plus de ses conférences de presse beaucoup plus tranchantes que celles de son prédécesseur, il n’hésite pas à changer quelques principes que l’on croyait immuables. Les longues possessions ont désormais le droit de terminer par une frappe en dehors de la surface, les corners peuvent se tirer directement et Valdés peut se permettre de dégager loin devant en cas de danger imminent. Trois exemples parmi tant d’autres. Hier sur la pelouse, seul Jordi Alba était le seul petit nouveau. Les autres avaient tous, au minimum, un an de Barça dans les pattes. Peu de nouveauté dans le choix des hommes, donc, mais une disposition et une attitude toute autre. Il y a peu, le Barça s’approchait des 80% de possession de balle et avait, parfois, jusqu’à 25 occasions de but dans un même match, menant parfois à une trentaine de tirs. Il y a peu, le Barça ne faisait rien d’autre que détruire son adversaire à petit feu, lui laissant comme seule opportunité de marquer avant lui et d’avoir cinq minutes de gloire bien éphémères. Maintenant, le Barça apparaît peu, il sort plus que couvert et ne prend plus de risques inutiles. Ce qui lui permet d’être plus décisif. Mais qui lui joue des tours en contre-attaque. Les longues possessions se font moins tranchantes, en revanche, les actions rapides sont souvent décisives. D’ailleurs, force est de constater que, hormis les déplacements à Benfica et Getafe, le Barça a toujours souffert pour gagner. Au jour d’aujourd’hui, il n’a perdu qu’un seul match. In Tito veritas?

Les buts, avec l’audio de RAC 1

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Le Père Noël était en avance

Alors que le Real était au fond du trou, déchiré jusqu’à l’intérieur même de son vestiaire, le Barça, hier soir, en négociant mal son but d’avance, à redonné confiance à son éternel rival, en perdant pour la première fois depuis cinq ans au Bernabéu (3-2). Menés 2-0 après vingt minutes de jeu, réduits à dix pendant plus d’une heure, les Catalans, malgré une seconde période de haut niveau, ne purent ramener à Barcelone une cinquième Supercoupe d’Espagne d’affilée.

Ce matin, Barcelone s’est réveillée sous la pluie. Les 37 degrés de la semaine dernière ne sont plus qu’un lointain souvenir, les semelles de ses habitant sont trempées, les mains sont rangées dans les poches. Le regard est bas, triste, perdu. A vrai dire, les Barcelonais, ce matin, pour la plupart, ressemblaient un peu aux joueurs du Barça. Nous jouons depuis une trentaine de minutes, hier soir, au Santiago Bernabéu de Madrid. Adriano, retient Cristiano qui part seul au but. L’arbitre, à raison, n’hésite pas une seconde. Rouge direct pour le Brésilien. Un Brésilien qui en cache un autre, Alvés s’étant blessé à l’échauffement. Le pire, c’est, justement, que cette expulsion n’était pas le plus grave. Quelques minutes plus tôt, Higuain puis Cristiano Ronaldo avaient mis à mal la défense catalane et placé, déjà, le Real en tête d’affiche d’une soirée qui s’annonçait cauchemardesque pour les Catalans. Le Barça, avant et après ces péripéties, n’était tout simplement pas réveillé. Endormis par les commentaires de la presse prédisant depuis plusieurs jours une implosion au sein de la Maison Blanche. Engourdi par un match plus que moyen à Pampelune, où il avait quand même été capable de ramener les trois points en Catalogne. Busquets trop bas, sans jambes, ne parvenaient pas à soulager un Piqué en-dessous de tout, coupables de fautes abérantes de marquage sur les deux buts madrilènes. Jordi Alba, lui, continue à avoir du mal à coordonner ses montées en attaque et son placement défensif. Ajoutez à cela un Alexis obligé de sortir en lieu et place de Montoya pour rééquilibrer la défense après l’expulsion d’Adriano, un Messi discret et un Iniesta sans espace, pris en tenaille presque individuellement par Khedira, et vous obtenez une des pires premières mi-temps de la décennie côté catalan. Heureusement, le Barça compte un génie, un surhumain, un extra-terrestre, un homme dont le synonyme lexical dans le dictionnaire est « génial ». A trente secondes de la mi-temps, sur un coup-franc, Messi s’est de nouveau fait une place parmi les plus grands des plus grands. Klaxons et cris dans la ville. A dix, mené, au pied du mur, le Barça peut-il le faire?

La réponse est donc non. Mourinho a remporté un titre qu’il qualifiait de « moins important de l’année » la saison dernière et qu’il aurait volontiers laissé de côté cette saison, « pourvu qu’on gagne la Liga« . Le Real, deux titres en dix ans, se permet de choisir ses coupes. Bien. Le Barça, lui, essaye de tous les disputer. La différence est grande, abyssale, même si elle ne paye pas toujours. Lors du match aller, le cadeau du but de Di Maria fut énorme. Au retour, ne pas tirer sur l’ambulance madrilène fut fatale. Hier, à Madrid, le Père Noël est passé en plein mois d’août. Pourtant, en deuxième période, de la statue de la Cibeles, jusqu’à la Plaza del Sol, on a craint qu’il ne vienne jamais. A dix, le Barça s’est montré digne, puissant, combatif. Malheureusement, le Real est la meilleure équipe du monde en contre, et les Catalans faillirent le payer plusieurs fois. Au-delà de ça, ces deux matchs démontrent une nouvelle fois que les deux frères ennemis sont plus proches que jamais l’un de l’autre. Le niveau des deux est proche de la folie, on se demande bien qui pourra les battre sur la scène européenne. Faire ce qu’a fait le Real hier, beaucoup en rêverait. Après un match fantomatique à Getafe, après avoir essuyé des kilos de critiques, et alors que la chute se rapprochait et qu’il aurait suffit d’une victoire barcelonaise pour que la capitale espagnole s’embrase, le Real s’est relevé, plutôt deux fois qu’une, et a même montré des qualités collectives rares chez lui. « Le bateau est de nouveau en mer« . Une métaphore de Sergio Ramos, au sortir du match. Si même l’Andalou se met à être intelligent…

Tito Vilanova, pour sa première finale, a donc perdu l’occasion de perpétuer la série de Guardiola. Cependant, pas de doutes pour le géronais, les supporteurs peuvent être fiers de leur équipe. « Je leur ai simplement dit que j’étais fier d’eux. En deuxième mi-temps, à dix contre onze et contre une équipe comme le Real Madrid, nous avons donné une leçon de football« . Pas de problèmes, je gère. Ne vous inquiétez pas, les clefs de la maison, c’est moi qui les ai. Définitivement, Tito et Pep ne font qu’un.

 

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Ces victoires qui valent une Liga

Hier soir, à Pampelune, nous sommes loin d’avoir vu le meilleur Barça de tous les temps. Malgré tout, les Catalans repartent de Navarre avec trois points de plus, une place de leader et cinq points d’avance sur le Real Madrid. Gagner quand on est pas dans son meilleur jour, c’est ce qui vous donne un titre. Un adage qui pourrait être vérifié mercredi, au Bernabéu. 

On ne sait pas si c’est à cause du fait que, pour une fois, il faisait beau et chaud en Navarre, ou si c’est la faute de ces maillots extérieurs qui nous font mal à la rétine, et ce même à travers le tube cathodique de notre téléviseur, mais, à la mi-temps, hier soir, aux alentours de 20h, Barcelone était inquiète pour ses champions, préoccupée pour ses idoles. La capitale catalane a beau pouvoir se targuer  d’une liste non négligeable de génies ayant vécu en son sein, elle est capable de respirer un peu plus difficilement quand l’air se fait rare pour ses blaugranas de fils. La saison dernière, la pluie et le vent avaient fait dérailler le Barça de son chemin vers la Liga. Une défaite (3-2), qui avait pratiquement couronné le Real Madrid. La performance avait été inquiétante, sans grande conviction, avec du déchet technique et des erreurs personnelles fatales. Gérard Pique en avait été accusé, lui qui traversait une passe difficile dans sa saison. Hier à la mi-temps, le petit-ami de Shakira et ses dix amis de fortunes n’étaient pas bien plus fringants. Mieux, ils poussaient même la comparaison a être menés à la pause, et à donner raison à l’essentiel de la presse espagnole. Avec l’exemple du dernier déplacement des Catalans à Pampelune, à Madrid, on s’était délecté d’avance d’une nouvelle défaite du Barça en terre hostile qui, conjuguée avec une victoire du Real à Getafe, signifierait que les Madrilènes repassent devant les Barcelonais. Au final, nada de nada. Ce matin, le Barça compte six points en deux matchs, cinq de plus que le Real Madrid. Messi en est déjà à quatre buts, soit quatre de plus que Cristiano, et le transfert de Luka Modric dans la capitale espagnole pour presque 40 millions d’euros n’y changera rien.

La saison dernière, puisqu’on est partis là-dessus, le Barça avait, plusieurs fois, fait preuve de trop de suffisance pour s’arracher les tripes, et aller gagner sur des terrains à priori difficile. A Getafe, à Villarreal, à l’Espanyol et à Osasuna, donc, les hommes de Guardiola avaient laissé échapper trop de points pour suivre la cadence du Real.  Ils avaient manqué de volonté, de réussite aussi, mais d’un peu d’envie pour parvenir à mettre ces buts de renards qui vous donnent un titre et qui prouvent à vos adversaires directs que, même si vous n’êtes pas au mieux, que même si vous êtes bousculés, poussés dans vos derniers retranchements, vous avez les ressources nécessaires pour sortir du stade avec trois points de plus au compteur. Hier soir, c’est exactement ce que le Barça a fait. Après une première mi-temps assez faible, et un début de seconde où l’Osasuna aurait pu tout simplement doubler la mise et doucher les espoirs catalans, les blaugranas s’en sont sortis grâce, tout d’abord, à un Messi plus efficace que jamais, et, ensuite, à des changements en cours de jeu de Vilanova qui auront fait la différence. Sans Xavi, on le sait, la vie est un peu plus difficile. Et, avec un Fàbregas a nouveau transparent, elle l’est encore plus. Si l’on ajoute un Iniesta en manque de lucidité devant les buts, un Alexis sans jambes et un Busquets qui perd trop de ballons, on se demande comment le Barça a pu s’en sortir. Grâce à Messi, donc, auteur de deux buts sur ces deux seules frappes du match, les deux à quelques minutes d’intervalle. L’Argentin est donc reparti sur ses bases de plus d’un but par match sans beaucoup transpirer. Mais aussi grâce à Tito Vilanova qui, avec l’entrée de Villa, Xavi et Pedro, prouve que si Pep lui demandait toujours conseil avant d’effectuer un changement, ce n’était pas pour se donner un style. Les trois hommes frais sont à l’origine des deux buts et de la remuntada du Barça. Tout ça sent bon.

A l’inverse, tout ça sent mauvais à Madrid. A Getafe, en banlieue madrilène, dans un stade à moitié vide, le Real s’est livré à une sorte de match amical, sans réelle envie, en se laissant même remonter par les locaux, après avoir pourtant ouvert le score par Gonzalo Higuain, son deuxième but en deux matchs. Pire, Mourinho s’est livré, au sortir de la défaite, à une conférence de presse surréaliste pour qui s’intéresse de près aux déclarations du Portugais. « C’est une défaite méritée, on n’a pas été bon, les joueurs n’ont pas été bons« . Ne touchez pas votre écran d’ordinateur, c’est bien Mourinho qui parle. Le Special One, ou l’Unique, comme il veut qu’on l’appelle désormais, a donc un suel et unique point en championnat et mercredi, le Barça descendra de l’AVE pour jouer dans un stade qui lui convient plutôt bien (3 victoire, 2 nuls lors des cinq derniers voyages à Madrid). Le Real tourne à l’envers, alors, comme souvent, pour éviter des unes assassines des journaux nationaux, on s’active en coulisses. A peine une heure après la fin du match à Getafe, un communiqué du club annonçait l’arrivée au club de Modric, mettant fin à une des télés novelas de l’été. On ne tirera pas de conclusions hâtives, mais dans une Liga où les deux géants se tirent la bourre jusqu’à atteindre ou frôler les 100 points, cinq points d’avance, c’est déjà beaucoup. Et ça, Mourinho le sait mieux que quiconque. Il sait aussi que, malgré ses frasques sur le banc de touche madrilène, de la célébration d’un but du Real devant le banc adverse ou du saut de cabri sur Callejon qui était en train de s’échauffer, les sanctions qui lui incombent se réduisent à peau de chagrin devant la puissance de l’institution qu’il représente. Tito Vilanova, lui, n’est qu’une jeune padawan dans l’Empire et son apprentissage de la Force ne fait que commencer. Alors, hier soir, pour avoir contesté une décision, l’arbitre l’a renvoyé en tribune. Madrid qui s’énerve, Barcelone qui ne s’affole pas même bousculé… On ne sait pas pourquoi, mais tout ça sent bon. Très bon, même.

L’audio de RAC1

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Les mains de Casillas, les pieds de Valdés

Dans un match très serré, et sous une chaleur étouffante, le Barça a battu le Real Madrid (3-2), hier soir, lors du match aller de la Supercoupe d’Espagne. Après le but initial de Ronaldo, les Catalans ont réagi par trois fois, grâce à Pedro, Messi puis Xavi. Les Blaugranas auraient même pu en mettre un quatrième, mais une parade de Casillas et une bourde de Valdés vingt secondes plus tard laissent cette finale de Supercoupe d’Espagne très ouverte.

Nous sommes à six minutes de la fin du match, le Camp Nou est en fête. Quelques mois après la victoire du Real Madrid chez lui (1-2), le Barça va de nouveau battre son rival éternel. Mieux, il va le battre 3-1 mettant, ainsi, une sacré option sur la Supercoupe d’Espagne. Cette Supercoupe, ce n’est pas le trophée du siècle, ni même de l’année. Mais, lorsqu’elle oppose les deux géants du football actuel, il n’y a plus de sous-métiers et chaque équipe se lance dans la bataille. Alors, hier, ce même Camp Nou s’était paru de son plus bel habit de touriste. Italiens, Anglais, Français, Japonais, Indiens, Chinois, hier soir, l’écran barcelonais était international, universel, coloré et diversifié. Une fête du football que le club aime, car, en plus de remplir ses caisses avec les tickets, ces gens de visite n’oublient pas de passer par la boutique pour se faire floquer le maillot de Messi ou d’Iniesta. Et, au cas où ils l’oublieraient, des minis boutiques composées uniquement de maillots déjà floqués sont posté tout autour du stade pour leur rappeler leur devoir. La course à l’argent est, d’ailleurs, plus importante que le trophée mis en jeu hier. Mais de ça, les touristes n’en ont que faire, alors, à six minutes de la fin, ils chantent, font la ola, certains se lèvent même en plein match pour prendre une photo avec le Camp Nou en fond, provoquant la colère des supporteurs plus locaux. Ces derniers, eux, paraissent agacés. Quiconque est déjà allé à Barcelone un soir de Clasico sait que, normalement, porter un maillot du Real est puni rapidement. Hier soir, pourtant, avec l’effet vacances estivales, les flocages « bWin » étaient nombreux, trop nombreux. Le Camp Nou a même rugi pour le but de Cristiano, dévoilant tout de suite les indics présents dans le stade. Le Clasico d’hier n’en est pas vraiment un. Alors, Messi ne marque pas vraiment. Sur une passe magique d’Andrés Iniesta, magique hier soir, il laisse à Casillas le soin de briller alors que les filets tremblaient déjà. La contre-attaque s’amorce, le Barça se replie bien, Adriano met en retrait à Valdés et ce dernier s’emmêle les pinceaux et permet à Di Maria, rentré plus tôt en lieu et place de Callejon, de réduire l’écart et de faire du match retour LE match décisif. Le Camp Nou sort déçu. Les touristes, eux, sont contents. Ils ont vu le Barça, leur profil Facebook s’en ressentira dès aujourd’hui. Les autres, toujours aussi agacés, se disent qu’il y avait mieux à faire.

Et ils ont sans doute raison. 78% de possession de balle, c’était LA stat de la première mi-temps. Pourtant, même en ayant le ballon, les Catalans arrivaient à peine à créer un peu de danger autour des buts d’Iker Casillas. Messi était esseulé, difficile à trouver, bien quadrillé par Xabi Alonso et Khedira, venus prêter main forte à la défense centrale madrilène, composée de Sergio Ramos et de Raul Albiol, mais surtout orpheline de Pepe. Alexis remuait peu, fuyait les un-contre-un, le jeu sur les côtés était prévisible. La deuxième mi-temps, par contre, était totalement différente. Alexis, justement, permutait avec Pedro, et Coentrao allait vite le regretter. Après le but de Cristiano, le Canarien a fait tourner en bourrique le Portugais d’un contrôle puis d’une frappe limpide dans le petit filet. Le Barça est revenu à la marque dans la minute qui a suivi l’ouverture du score, et c’est loin d’être une mauvaise idée. Le Real, par moments à court de forme, était au maximum de ses qualités physiques actuelles. Recroquevillés sur leur but, il l’ont finalement payé. Les buts de Messi et de Xavi sont venus ponctuer une vingtaine de minutes cent pour cent catalane, de la récupération jusque la dernière passe. Et, pour cela, il y a Andrés Iniesta. Fabuleux hier soir, le natif de Fuentealbilla est, sans conteste, dans la meilleure forme de sa carrière depuis la finale du mondial 2010. Les blessures de côté, il rayonne et s’impose, Xavi prenant de l’âge, comme le patron du milieu blaugrana. L’intensité de Busquets durant tout le match aura mis en échec les quelques contres madrilènes, et l’activité d’Alvés a empêché Ronaldo de faire encore plus de dégâts. A partir du moment où la récupération du Barça se faisait plus haute, Iniesta pouvait jouer à sa guise, dans les espaces, entre les lignes. Le 3-1 était parfait, mais…

Mais, donc, Valdés s’est une nouvelle fois mis en difficulté tout seul face au Real Madrid. Comme lors du Clasico de décembre dernier au Bernabéu (1-3), la portier catalan a presque donné un but aux Merengues. D’autant plus rageant que, comme dit auparavant, vingt secondes avant, le 4-1 était tout proche. Il serait facile de tout mettre sur le dos de Valdés. Il serait facile d’oublier ce qu’a accompli le natif de l’Hospitalet durant tout sa carrière. Si l’on revoit l’action au détail, on note déjà que le contrôle n’est pas bon, c’est la première faute technique, et c’est surtout ce qui permet à Di Maria d’aller au duel avec Valdés. De plus, si l’on connait bien le Barça et que l’on regarde régulièrement les matchs, on sait, qu’en fait, Valdés, essaye tout simplement de dégager proprement, certainement vers Busquets, et qu’il le fait pour éviter de dégager n’importe où. Et, lorsque ça arrive beaucoup sont les premiers à dire que le style du Barça fait que, parfois, on prend des risques alors qu’on pourrait les éviter en balançant une bonne vieille chandelle à soixante mètres devant. Certes, la bourde de Valdés est grave, elle influe directement sur le score final. Impossible aussi d’oublier que, lors des matchs décisifs de la fin de saison dernière, Valdés ne l’a jamais été. Le gardien blaugrana a beaucoup à apprendre de Casillas qui, malgré sa bourde de dimanche dernier contre Valence, a su enchaîner les saisons sans fausses notes. Et, pourtant, même du temps des Galactiques, le madrilène avait du boulot. Celui que l’on surnomme San Iker est, donc, un saint pour Madrid. Valdés ne l’est pas à Barcelone, mais, après tout, nul n’est prophète en son pays. Sauf peut-être Andrés Iniesta.

Les buts, avec RAC1

Andrés Iniesta, maître du jeu

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Rupture du jeûne

Trois mois après une deuxième place en Liga, le Barça a fait sa rentrée des classes hier soir, au Camp Nou, et en a profité pour corriger la Real Sociedad de Philippe Montanier (5-1). Messi s’est déjà offert un doublé, Villa s’est offert un retour et un but, Tito Vilanova s’est offert une première victoire et une première manita. Le Barça est de retour, dans la même forme que ses précédentes versions. Tout va bien dans le meilleur des mondes.

Si le barcelonisme était une religion, les mois d’étés durant lesquels le Barça ne joue pas pourraient s’apparenter à un Ramadan du beau football. Alors qu’en France et dans le monde entier, des millions de musulmans s’apprêtaient à mettre fin à une mois de jeûne, au même moment, à Barcelone, certains étaient au bout de trois mois sans pêchés, trois mois sans Messi, trois mois sans 4-3-3. Pourtant, une heure et demi plus tard, il y a fort à parier pour que ces croyants barcelonistes n’aient pas vu la différence entre l’avant et l’après de ces 90 jours sans fruits défendus. On compare souvent le football à une drogue. Bizarre, d’ailleurs, de donner à un sport si jouissif un qualificatif si péjoratif. Du moins, péjoratif, il n’en a que l’apparence car ne pas être drogué doit être bien triste à vivre. Comme la religion nous l’enseigne, chaque individu doit finir par mourir, alors, tant qu’à faire, autant choisir la cause. Trois mois sans Barça, c’est trois mois de petite mort, trois mois de fausse vie. Pour David Villa, catholique affiché, ces trois mois sans football n’étaient qu’une goutte d’eau dans sa mare. L’Asturien n’avait pas touché le ballon en match officiel depuis décembre 2012, lors du Championnat du Monde des Clubs. Sur un contact anodin, le meilleur buteur de la sélection espagnole se rompait le tibia et commençait, de la sorte, neuf mois de rééducation. Alors, hier, quand, à la 83e minute, le ballon d’Iniesta arriva dans ses pieds, on jurerait que le Camp Nou a tremblé un peu. Pas les jambes du Guaje qui, en marquant le cinquième but barcelonais du soir, a, non seulement, mis le point final à une nouvelle démonstration catalane, mais a, en plus, confirmé son retour. « Je veux faire plus que revenir à mon niveau, je veux être encore meilleur qu’avant« . Villa n’a pas le melon, il a simplement faim. Faim de foot, faim de buts, faim de titres, malgré un palmarès déjà bien fourni. Faim de foot, faim de buts, faim de titres, nous le sommes aussi. Le jeûne est fini, la normalité reprend ses droits.

Il y avait, cependant, un homme pour qui rien n’était normal hier soir; Tito Vilanova. Pour la première fois, l’ancien adjoint de Pep Guardiola avait le plus beau des rôles, il était tout en haut de l’affiche.  Même s’il n’entraîne pas le Liverpool FC, Vilanova ne marchait pas seul. Dans son dos, un stade, tout acquis à sa cause. La peine du départ de Guardiola évacuée, la totalité du barcelonisme s’est rangé du côté de l’ex numéro deux. Et à juste titre. Hier, si Guardiola avait décidé de continuer l’aventure, on aurait certainement vu le même match. Vilanova n’a pas innové, mais il a déjà réussi le pari de montrer aux joueurs qu’il leur faisait entièrement confiance. Fàbregas, peut-être le joueur le plus critiqué du Barça la saison dernière, était cité en première ligne pour faire les frais du changement de tête sur le banc de touche barcelonais. Résultat, le natif d’Arenys de Mar était titulaire. En revanche, Piqué et Iniesta, tous deux titulaire mercredi soir avec l’Espagne, lors d’un match amical absolument honteux à Porto Rico, ont pris place sur le banc. Pour le reste, du grand classique, si ce n’est la titularisation sur le côté gauche de Tello. Le classicisme, voilà qui devrait être une des marques de fabrique du Barça de Tito. Iniesta ne devrait plus jouer comme ailier, le 3-4-3 ne devrait être choisi que très rarement. Hier soir, le Barça est resté classique, il n’a pas dérogé à la trajectoire qu’il emprunte depuis plus de quatre ans. Pire, si l’équipementier à la virgule ne changeait pas les maillots toutes les saisons, on n’aurait pas vu la différence avec les saisons précédentes. A quelques choses près, comme Jordi Alba. Le Catalan a fait ses premiers pas avec son club formateur en pro. La seule recrue de l’été, en attendant la présentation d’Alexandre Song demain, transfuge d’Arsenal pour 19 millions d’euros, a, lui aussi réussi sa première. A ceci près que la performance magistrale de Tello devant lui l’a empêché de faire apprécier sa qualité offensive. Mais, jouer au Camp Nou, avec tout le respect que l’on doit aux valencians, ce n’est pas jouer à Mestalla. C’est aussi ce qu’a dû se dire Fàbregas qui peine réellement à retrouver son vrai niveau. Pourtant, son Euro avec l’Espagne avait fait naître de grands espoirs. Hier, placé au milieu de terrain, Fàbregas a été souvent transparent.

La saison dernière, le Barça avait aussi commencé les affaires sérieuses en en passant cinq à Villarreal. Derrière ce large succès, les déplàcements à la Real Sociedad et à Bilbao avait été difficiles. La vérité d’un match n’est parfois pas celle du match d’après, la vérité du mois d’août peut-être différente de celle du mois de septembre. On ne s’enflammera pas, non, mais on sent ce Barça sur la bonne voie. Les matchs amicaux avaient été probants, dans la lignée d’une équipe qui se connaît et qui bénéficie, en plus, d’un petit sentiment de revanche. Dès jeudi soir, les difficultés arriveront à Barcelone, elles porteront un maillot blanc, et elles s’appelleront Real Madrid. Ce n’est que la Supercoupe d’Espagne, certes, mais qui peut dire aujourd’hui qu’un Clasico passe inaperçu dans le calendrier? L’avenir nous dira si ce match contre la Real Sociedad fut la première base d’un projet lucratif, en titres comme en surprises. Les deux pièces rajoutées au puzzle, Jordi Alba et Alexandre Song, semble déjà avoir la forme idoine pour avoir leur place. Pour le Camerounais, on peut dire qu’il remplacera numériquement Keita. Mais ce serait omettre les qualités techniques d’un joueur que Wenger n’a pas voulu lâcher pour une poignée d’euros. Lorsque Arsenal allait mal, est que les Londoniens étaient tout près de laisser passer une qualification pour la Champion’s League, Song s’est distingué comme le meilleur joueur de son équipe. Sous son impulsion, et bien évidemment celle de Van Persie, les Gunners seront bien en C1 cette saison. Sans y paraître, le Barça vient de recruter un joueur complet, box to box comme aiment les Anglais, capables de jouer à plusieurs postes et d’amener du muscle et de la finesse à la fois. Bref, on croirait réentendre les exemples des arrivées de Mascherano et de Touré Yaya. Dans les deux cas, ce fut une réussite. On souhaite la même réussite à Song. Et à Tito.

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Figures, mythes et légende du Barça : Ladislau Kubala

Les grands noms des anciens du Barça ne s’énumèrent que très rarement aujourd’hui. L’équipe actuelle, loin de ces derniers, vogue et surfe sur les titres. Mais, il reste des figures, des mythes, des légendes qui passeront les âges et les époques. Kubala est un de ceux-là. Récit de l’histoire d’un joueur qui obligea le club à construire un stade à la hauteur de son talent.

 Pelé, Di Stefano, Platini, Maradona, Zidane, Cruyff… Les noms ne maquent pas au panthéon du football. Quand on lance une discussion autour du ballon rond, on finit forcément par parler des meilleurs, des plus forts, des cracks, des légendes. De ceux qui auront marqué indéfiniment ce sport. Kuabala fait partie de ceux-là, pourtant, il n’est que très rarement cité. Pourtant, quiconque né dans une famille barceloniste a entendu son arrière grand-père ou ses grand-oncles parler de l’étoile hongroise. Nous sommes en 1950 lorsque Kuabala débarque à Barcelone. A cette époque, l’arrivée des joueurs de l’Est dans le grand Ouest en passe de devenir une véritable déferlante, et les Hongrois sont les fers de lance d’une immigration footballistique des plus importantes du XXe siècle. Les clubs de l’Ouest sont séduits par des joueurs aux qualités physiques naturelles agrémentées de facilités techniques indéniables.

Kubala a tapé dans l’oeil des dirigeants barcelonais par ses performances en sélection nationale. A l’époque, la Hongrie est un pays déchiré par les guerres civiles, et fait partie de la Tchécoslovaquie. A la libération, Kubala opte pour la nationalité hongroise mais quitte le pays, qui tombe dans l’escarcelle des communistes. Réfugié quelques années en Italie, il joue clandestinement, sans papiers ni licence, pour le club de Pro Patrio Calcio, en Lombardie. Avec d’autres joueurs hongrois réfugiés un peu partout en Europe, il fonde une équipe nommée Hungaria, censée être la « vraie » sélection nationale. Lors d’une tournée en Espagne, Hungaria bat le Real Madrid, et Kubala tape dans l’oeil de Josep Samitier, ancien jouer et entraineur du Barça, qui le recommande au président Agusti Montal.

Les débuts en Catalogne sont difficiles. Kubala tombe malade et reste enfermé près d’un an, afin de soigner une grosse infection pulmonaire. Sa première sortie en blaugrana aura lieu en 1951. Entre temps, outre la maladie, le joueur et le club doivent passer par une étape obligée pour tout étranger désirant joueur dans l’Espagne franquiste : se naturaliser. Kubala obtient sa troisième nationalité et remerciera bien vite la Catalogne pour son hospitalité. Durant la saison 1951-1952, Kubala et le Barça remporte cinq titres en une saison pour la première fois de son histoire : Liga, Coupe d’Espagne, Supercoupe d’Espagne, Coupe Latine et Trophée Martini Rossi. C’est le Barça de les cinc copes, aujourd’hui entré dans légende. Les titres s’enchaînent, les buts du désormais joueur espagnol également. Kubala finit chaque saison meilleur buteur, et joue à des postes différents. Attaquant, milieu, numéro 10, peu lui importe. Les saisons pleines se succèdent et, lors de la saison 1955-1956, le Barça réussit onze victoire consécutives en Liga, record seulement battu en 2006 par le Barça de Rijkaard, couronné Champion d’Europe à Paris quelques mois plus tard.

Des résultats prolifiques qui font augmenter l’affluence du stade des Corts, ancêtre du Camp Nou. L’enceinte devient trop petite. Surfant sur la vague de la réussite du buteur espagnol, le Barça se décide à construire le Camp Nou. Nous sommes en 1957, le club est en pleine gloire. Le projet, faramineux, connait quelques retards, notamment à cause des difficultés économiques de l’Espagne dans les années 50. Le Barça emménage dans sa nouvelle maison, et pend la crémaillère par deux Coupes d’Espagne consécutives. Sur la scène européenne, les Catalans brillent également. En 1958 et en 1960, ils remportent l’ancienne Europa League, alors appelée Coupe des Villes de Foire. Kubala a alors la trentaine passée, le Barça lui a adjoint une autre star : Luis Suarez. Le Galicien est au sommet de sa carrière et remporte le Ballon d’Or en 1960. A ce jour, il est le seul ibérique à avoir remporté ce trophée. Suarez et Kubala mène le Barça jusqu’en demi-finale de la C1 en 1960 mais ils rendent les armes devant le Real Madrid de Di Stefano et Puskas, autres Hongrois ayant émigré en Espagne. L’année suivante, le Barça se glisse jusqu’en finale, à Berne, mais s’incline lors d’un match à suspens contre le Benfica Lisbonne. A la fin de la saison, Kubala laisse le Barça, en devient de manière éphémère l’entraîneur, puis rejoint le voisin de l’Espanyol. Il devient le meilleur buteur du Barça lors de cette même année en inscrivant, en tout et pour tout, 194 buts en matchs officiels sous le maillot blaugrana. Aujourd’hui, derrière Messi et César, le Hongrois devenu Espagnol est toujours le troisième meilleur buteur de l’histoire du club.

Palmarès : (1950-1961)

1 Coupe Latine (1952)
2 Coupes des Villes de Foires (55/58 i 58/60)
4 Liga (51/52, 52/53, 58/59 i 59/60)
5 Coupes d’Espagne (50/51, 51/52, 52/53, 56/57 i 58/59)
2 Coupes Eva Duarte (1952 i 1953)
345 matchs, 280 buts.

Le parcours de Kubala au Barça (catalan)

Kubala, en action 

Le Barça de les cinc copes (1951-1952)

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Figures, mythes et légendes du Barça: Johan Cruyff

Joueur, entraîneur, dirigeant, conseiller… Au Barça, Cruyff aura tout fait. Bien qu’ils ne l’aient jamais vu jouer, tous les gamins de Barcelone et des environs connaissent le nom et la légende qui suit le « Hollandais volant ». Retour sur un parcours qui se retrouve dans le Barça d’aujourd’hui et qui s’imprime, non pas en lettres d’or, mais en lettres blaugrana.

Commençons par le commencement, si Cruyff dit que le ciel est jaune, il n’existe pas un supporteur du Barça qui oserait le contredire. Il faut dire qu’en Catalogne les avis du bonhomme sont respectés comme les Saintes Écritures. D’abord professés en coulisses, les psaumes de Monseigneur Cruyff s’expriment aujourd’hui chaque lundi matin dans le journal ibérique El Periódico. S’il ne tarit pas d’éloges quand les choses vont bien, il n’hésite pas à appuyer là ou ça fait mal dans les périodes plus délicates. Sans oublier, ô grand jamais, de se glisser ni vu, ni connu, dans l’article. Car oui, puisque nous sommes partis dans l’honnêteté, Johann Cruyff paraît très narcissique. Des programmes humoristiques télévisés s’en amusent souvent. Pourtant, tout le monde s’en contente. Pis, tout le monde n’y trouve rien à redire. Car, si la connaissance footballistique du natif d’Amsterdam n’est plus à prouver, son palmarès, comme joueur, puis comme entraîneur, parle pour lui-même. Et, en plus, histoire de fignoler le tableau, le modèle qu’il apportera sur le banc du Camp Nou dans les années 90 a poursuivi toutes les équipes de jeunes jusqu’à aujourd’hui. On peut tolérer quelques poussées de vanité, non?

L’histoire de Cruyff avec le Barça débute un jour d’août 1973. Après de longues négociations, le club catalan acquiert le futur triple Ballon d’Or. L’Ajax d’Amsterdam initie ainsi le début d’une longue relation entre le Barça et les Hollandais. Mais le club battave aura défendu becs et ongles sa star. A tel point que dans une Espagne encore engourdie dans le Franquisme, l’arrivée de Cruyff est annoncée tous les jours dans les journaux. A la fin de l’été, le Barça tient enfin son crack. Et il le doit à un homme, Armand Carabén, alors simple dirigeant barcelonais et avocat de profession, qui, dans l’entreprise de démocratiser le club, avait jeté son dévolu sur le Hollandais. La dictature vivait là ses derniers instants, mais elle aura quand même rendu difficile l’entrée sur le territoire de ce joueur étranger. Les résultats ne se feront pas attendre. Durant la saison 1973-1974, sa première sous les couleurs du Barça, Cruyff imposera un tout nouveau style sur le Vieux continent. Une intelligence tactique, une qualité technique hors du commun et une âme de leader. Cruyff en impose et s’impose. Après 14 ans sans titre national, le Barça remporte la Liga. Avec, en prime, une victoire 0-5 au Bernabéu contre le Real Madrid ponctuée d’un doublé du Hollandais.

Le mot « Hollandais » sera bientôt suivi d’un nouvel adjectif, « volant », qualificatif épithète qu’il acquerra après un but exceptionnel contre l’Atlético de Madrid à deux jours du Noël 1973. Alors que le centre de son coéquipier semblait sortir en sortie de but, Cruyff reprend acrobatiquement le ballon pour marquer. Celui qui portait encore le numéro ‘9’ venait là d’inscrire un des buts les plus importants de l’histoire du Barça. Se jetant dans les airs, à mi-chemin entre le vol et un art martial, Cruyff devient le « Hollandais volant ». Une légende s’accompagne toujours de bons surnoms.

Après la victoire en Coupe du Roi en 1978, Cruyff laisse le Barça. Il y revient dix ans plus tard, cette fois-ci sur le banc. Avec lui aux manettes, le Barça va connaître sa meilleure période, du moins la plus faste. Les blaugranas enchaînent quatre titres de Liga consécutifs, ils dominent de la tête et des épaules ses adversaires espagnols en championnat. Mais, Cruyff sera aussi l’instigateur de la première grande victoire européenne du club catalan. C’était en 1992, à Londres et contre la Sampdoria. Dans une finale plutôt fermée, le Barça s’était imposé 1-0, en prolongations grâce à un but d’un autre Hollandais, Ronald Koeman. A l’époque, dans les rangs du barcelonisme, on doute des qualités de son équipe. On se demande réellement si elle sera capable, un jour, d’aller cherche une coupe au grandes oreilles pour rentrer dans le gratin des équipes importantes du vieux continent.  C’était également l’époque de la ‘Dream Team’, qui connut la gloire en 1992 alors que les Jeux Olympiques avaient pris ses quartiers d’été à Barcelone et qu’une autre équipe de rêve marquait de son empreinte le sport, celle de Jordan et consorts. Avec Carles Reixach comme adjoint, Cruyff va porter le Barça loin et haut. Une des plus grosses déceptions sera la défaite en finale de Champions contre Milan en 1994, à Athènes. Deux ans plus tard, Cruyff quitte une nouvelle fois le Barça. Cette fois, définitivement.

Aujourd’hui, donc, Cruyff s’emploie, plume en main, à expliquer son point de vue concernant le Barça. Mais il est toujours actif dans le monde du football, puisqu’il est sélectionneur de la Catalogne. Sélection non officielle, l’équipe catalane dispute généralement un match amical par an, et remplit le Camp Nou ou l’ancien stade de l’Espanyol, l’Estadi Montjuic. Grand défenseur de la culture catalane, Cruyff fut le premier non natif de la Communauté  Autonome à porter le maillot de la Selecció. Son fils, lui aussi passé par le Barça, s’appelle même Jordi, prénom assez courant au pays de Gaudi. Autant dire que Cruyff, au Barça, c’est més que un jugador.

Le fameux but contre l’Atlético

Le 0-5 au Bernabéu de 1973-1974

 
Cruyff, joueur (1973-1978)

1 Liga
1 Coupe du Roi

Cruyff, entraîneur (1988-1996)

4 Liga
1 Ligue des Champions
3 Supercoupe d’Espagne
1 Supercoupe de l’UEFA
1 Supercoupe des vainqueurs de coupes
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